«De cette connaissance que les principes ne naissent que des observations particulières, le philosophe en conçoit de l'estime pour les sciences des faits. Il aime s'instruire des détails et de tout ce qui ne se devine point. Ainsi, il regarde comme une maxime très opposée au progrès des lumières de l'esprit, que de se borner à la seule méditation, et de croire que l'homme ne tire la vérité que de son propre fond (...). Nos philosophes, au contraire, persuadés que toutes nos connaissances nous viennent des sens (...), convaincus que la source de nos connaissances est entièrement hors de nous, (...), nous exhortent à faire une ample provision d'idées, en nous livrant aux impressions des objets.»
César Chesneau Dumarsais – «Le philosophe»
1720 (première rédaction avant la censure)
L'observation objective de la nature représente le fondement de l'apprentissage du dessin. À ce sujet, l'association revendique pleinement l'héritage de la Renaissance, de l'Humanisme et des Philosophes des Lumières, comme étant un puissant mouvement d'émancipation intellectuelle, tout en prenant en compte les nuances et différences propres à ces courants de pensée.
«Ce que je n'ai pas dessiné, je ne l'ai pas vu.»
Goethe, de retour d'un voyage en Italie.
«Le dessin n'est pas la preuve de ce que j'ai vu, mais il est ce qui me permet de voir.»
Comme on peut le deviner, ces deux citations ne s'opposent pas, bien au contraire, elles se complètent.
L'apprentissage du dessin constitue, on le comprend mieux avec Goethe et Jean Clair, le socle, la base, le fondement des cours. Tout commence avec le dessin et tout peut recommencer avec lui. Il préside toutes les formes d'expression et de création. Le dessin n'est pas une science exacte. Dessiner, c'est choisir d'apprendre à rassembler, à distinguer, à confondre, éliminer, hiérarchiser, synthétiser ce que l'on voit. Un dessin n'est jamais fini. On s'inscrit dans un cours de dessin pour apprendre à dessiner et à développer ses capacités de synthèse.
L'apprentissage du dessin et de la sculpture est long et difficile. Ces deux domaines appartiennent, en termes de connaissances, aux «enfants pauvres» de la grande famille dite «artistique»... et pourtant, la demande est bien là, bien réelle.
Les cours sont accessibles à tous. En effet, Il n'y a pas de «Beaux-Arts» qui tiennent. Les notions de «beau» et «art» n'ont pas d'existence dans ces cours, puisque ces notions évoluent avec le temps, les modes et les cultures.
Pour conclure cette petite introduction, il est fondamental de savoir que pour comprendre un poème chinois, l'apprentissage du chinois s'impose, il en va de même pour le dessin et la sculpture. Il n'y a pas ceux d'une part sont «doués» comme on l'entend souvent et ceux qui ne le seraient pas… Il n'y a pas de mystère, cela s'apprend, avec du temps, de la patience, de la régularité et beaucoup de travail.
Professeur ? Technicien ? Peu importe le qualificatif. Toutes les pédagogies sont bonnes, il n'y a que de mauvais professeurs.
Les moyens
Le déroulement des cours.
Les anciens côtoient les débutants. Au premier trimestre, tout le monde dessine. Au deuxième et troisième trimestre, certains approfondissent le dessin, d'autres se risquent à l'étude du pastel, de l'aquarelle enfin, il y a ceux qui modèlent la terre. Les niveaux sont très variés, les attentes et les demandes aussi. À la fin de chaque cours, 30 minutes sont ajoutées et réservées à la critique collective de ce qui a été réalisé durant la séance. Tous restent après le cours pour cette critique. La discussion se déroule en fonction du niveau de chacun, elle est donc «particulière» ou «individuelle», où chacun peut «dire son mot» Les moyens sont droites : un fusain, une gomme, une feuille, le pastel, l'aquarelle et la terre. On étudie aussi le geste, la respiration. Des points d'histoire de l'art et d'anatomie artistique sont très souvent développés lors des séances.
La porte est ouverte.
Le sujet : le modèle vivant, en mouvement parfois.
Le modèle vivant est le sujet par excellence pour l'étude du dessin, de la sculpture, de la couleur. Le corps humain est complexe, riche, mais surtout, il est vivant. Il bouge, il vit. Avec ce sujet, nous sommes dans le chaos.
Les Égyptiens de l'Antiquité, après avoir créé un Dieu pour chaque chose, se sont vite aperçus qu'il leur manquait quelque chose de fondamental : la vie. Ils créèrent donc le Dieu du chaos.
Dans sa structure interne et profonde, l'ostéologie (étude des os) présente une base tout en circulation d'ombres et lumières. Nous sommes obligés de voir au minimum trois faces d'une omoplate, par exemple, pour en comprendre le volume et il en va de même pour chaque partie séparée du squelette et pour le modèle qui pose et la sculpture à venir.
Si les ombres et les lumières circulent autour de l'os, du muscle, du modèle vivant, alors elles circulent également autour de la sculpture et lui donnent son existence. Les élèves, avant de dessiner, tournent autour du modèle pour choisir et comprendre la pose. Ceux qui modèlent la terre sont invités à tourner autour du sujet très souvent.
Enfin, avec le modèle vivant, les tensions sont là.
La myologie (étude des muscles) nous donne à voir, en théorie et avec le modèle vivant, ce que représente «l'action-réaction», le repos, le mouvement, le tout en circulation dans l'espace.
Enfin, le modèle a une histoire, un vécu, un caractère, le dessinateur également. Une bonne étude, dessinée ou sculptée, reflète peut-être une combinaison savante de plusieurs réalités.
Chaque dessinateur traduit son propre monde, transforme son monde ou le rêve. La technique est au service de cette traduction, transformation.
Les élèves sont aussi et surtout adhérents d'une association loi 1901 laïque et démocratique. Avant de s'inscrire à un cours, l'individu adhère à l'association et à son projet.
Faire autorité face à l'adhérent (autorité = rendre auteur de sa propre histoire) suppose tout mettre en œuvre pour que celui-ci soit auteur de sa propre histoire mais aussi de l'histoire collective à laquelle il appartient.
Les objectifs
La première des choses est de persuader chaque individu qu'avec beaucoup de patience et de travail, l'apprentissage du dessin, de la sculpture et de la couleur est à la portée de tous.
Les progrès sont toujours là, même si certains avancent plus vite que d'autres. Le plaisir de s'adonner à cette discipline se voit très vite sur les visages.
Cet apprentissage est un dépassement de soi-même qui étonne toujours, même les débutants.