"AUTOPSIE D'UN DÉSASTRE SOCIAL
ANNONCÉ, VOULU, VU ET ENTENDU."
J'étais déjà depuis plus de 35 ans dans une situation matérielle relevant de la grande pauvreté, ils le savaient, ils ont décidé d'ajouter une plus grande misère à la misère. Ils ont sciemment provoqué un désastre social. C'était mon choix de vivre dans un atelier de sculptures sans chauffage, dans un atelier complètement délabré, choix entièrement assumé car je n'ai besoin que de temps, de tout mon temps. Ils m'ont expulsé, ils ont trouvé que vivre dans un atelier de sculptures n'était pas conforme et qu'il valait mieux me savoir à la rue, et ce à partir du 30 octobre. Ils ont mis 31 ans pour s'en rendre compte. Pas de trève hivernale pour moi car je ne suis pas sensé habiter l'atelier, qui n'est pas une habitation selon la loi. En clair si on applique la loi partout dans tout le pays, la moitié de la France sera à la rue. Mais quand on demande aux propriétaires de respecter la loi de 2014 qui oblige les communes propriétaires de bâtiments et locaux de mettre aux normes les bâtiments leur appartenant...là, la loi est ignorée. S'il y a de l'amiante dans le local que la commune loue, c'est à moi, locataire de payer l'expertise pour démontrer le forfait? Nous ne sommes pas tous égaux devant la loi.
Ils ne le savent pas encore, ils ont tout perdu. Ils ont gagné d'être montré du doigt pour le restant de leurs jours. Ils m'ont expulsé à deux jours de la trève hivernale et en prime ils m'ont laissé les dix premiers jours de janvier dans ma voiture jours et nuits par une température dépassant souvent le moins dix degrés, ma médecin m'a récupéré dans son cabinet médical fort heureusement. Les limites pour ma santé étaient dépassées.
Honte à ces gens. Ils rejoindront les poubelles de l'histoire.
Tant qu'il y aura une douche chaude les matins au réveil, deux œufs au bacon et piment au petit déjeuner tout ira bien. Ça c'était le 29 octobre 2025 juste avant mon expulsion. Même s'il fait froid la nuit, avec une douche chaude au réveil les matinées sont magistrales. En revanche, même si la pluie, la nuit, est un phénomène très agréable quand on dort dans une voiture, on ne peut s'empêcher de penser au réveil et au petit déjeuner. Sans la pluie tout va bien, s'il pleut tout devient très très compliqué. J'ai acheté une bâche et un parapluie assez large. Ne rien mouiller, rester au sec. Sortir du véhicule la nuit pour aller uriner devient une longue histoire s'il pleut. Sans compter les acrobaties impossibles à réaliser pour sortir et rentrer dans la voiture. J'ai 66 ans, à 20 ans ça pourrait aller, mais à mon âge cela frise l'indécence. C'est ridicule et grotesque même moi je suis obligé d'en rire.
Ils ont expulsé un vieil homme de 66 ans handicapé à deux jours de la trève hivernale.
Ils m‘ont jeté comme on balance un chien indésirable détrempé. Ils ne se sont pas déplacés pour assister à mon expulsion ni au changement de serrures par les gendarmes et l'huissier, ils avaient probablement trop honte. Le 30 octobre fera date, la date de la honte pour eux, tous élus.
L'huissier a quant à lui bien senti que quelque chose clochait dans cette histoire précipitée. Il était très mal à l'aise et gêné. Il m'a proposé de venir chaque matin pour m'ouvrir la porte et revenir le soir pour la fermer. Adorable.
Mon chat a paniqué au début. Les matins, il attendait devant la porte fermée pour que je l'ouvre comme à l'accoutumée, mais j'étais comme lui, j'attendais l'huissier pour l'ouverture. Drôle de situation. Alors pour le chat, il y a eu multitude de câlins les matins en attendant l'huissier et les soirs de même. Un matin, l'huissier est arrivé, il pleuvait, j'étais assis sur une chaise, mon chat sur mes genoux, un parapluie nous protégeant. Je lui ai proposé le sourire aux lèvres de prendre une photo de la situation, une chose est sûre, cette image sera pour mon chat, l'huissier et moi même, indélébile. Triste mois de novembre humide et froid. Depuis 5 jours mon chat semble s'être habitué à ce nouveau mode de vie. Nous vivons à côté de l'atelier, dehors et pas dedans, sauf un jour sur deux, excepté les week-ends end, période où quelque soit le temps, nous sommes contraints à rester dehors.
Je disais histoire précipitée car cela n'aurait jamais dû se passer ainsi. J'avais fait une demande d'aide juridictionnelle pour faire appel à l'issue des décisions de justice du 24 avril 2025. Et début septembre ne voyant rien venir du côté de la cours d'appel d'Aix en Provence, j'ai écris au premier président de la cours d'appel d'Aix pour signaler que j'attendais une réponse, c'est là que j'ai appris que ma demande s'était égarée. Une semaine après, ma demande était acceptée mais la procédure d'expulsion était trop bien engagée. Voilà la deuxième faille. La première faille étant mon avocate désignée d'office lors du premier jugement qui ne se présente pas à l'audience du 6 janvier 2025 et remet un dossier très incomplet en retard. Elle empoche l'argent et s'en va tranquillement. J'ai appris ensuite qu'elle et son associé sont souvent préposés à la défense des communes. Pas de chance. Pas de justice pour les non-propriétaires. Un semblant de justice pour les pauvres. Passons.
La troisième nuit dehors, lorsqu'il a plu toute la nuit, j'ai immanquablement pensé aux raisins de la colère de John Steinbeck. L'eau, le fléau des vagabonds, des S.D.F., de ceux qui vivent dehors et autres indigents. L'eau et l'humidité doublées du froid. Ne pas renverser la bouteille d'eau la nuit dans la voiture. J'ai une voiture, je suis un privilégié.
J'ai passé 6 nuits dans la voiture. Petites blessures aux épaules dues au sol un peu rude. J'ai rempli avec mon assistante sociale un dossier pour être prioritaire parmi les prioritaires. S'il y a un logement de libre, cela peu prendre 3 mois pour une réponse favorable. Ça peut aller jusqu'à 6 mois pour une réponse.
Mon chat s'habitue à ces changements, il semble bien dehors. La température est descendue à un degré cette nuit.
Ce soir je suis au cabinet médical. Tout confort. Ma médecin est en vacances. Elle m'a gracieusement laissé son cabinet à disposition. J'ai longtemps hésité à accepter, mais à 65 ans la voiture n'est plus adaptée. Les contorsions pour sortir du véhicule afin de satisfaire les besoins la nuit sont grotesques. Avec de la distance ce doit être drôle de me voir manœuvrer pour m'extraire de l'engin. Les pieds en avant pour sortir et trouver à l'aveuglette mes tongues détrempées restées dehors. Alors dans le cabinet médical il n'y a pas de douche mais le confort est présent, une petite intimité aussi. En ce moment je me couche avec la nuit tombée vers 20 h. Je me réveille à 5 heures et me lève direct.
C'est singulier, j'avais perdu l'habitude de rouler le soir la nuit. Tout ce monde qui s'active sur les routes. Ils vont faire les courses, rentrent chez eux, peut être vont ils au restaurant ou au cinéma. Tous vont quelques part. Je redécouvre cette activité nocturne ignorée et oubliée depuis tant d'années. Je ne reconnais pas le monde. Cela faisait près de 20 ans que je n'avais pas roulé les soirs, la nuit. Je me sens hors du monde. Je n'ai jamais eu les moyens financiers pour prétendre avoir accès à la consommation usuelle. Je n'ai que rarement utilisé le verbe avoir, la plupart du temps je ne conjugue que le verbe être.
Je pense à la mort parfois. Un peu plus en ce moment. Mais calmement, sans heurt, sans tristesse. Tiens, le réveil de ma médecin dans son cabinet n'est pas à l'heure. Il avance de 17 minutes.
Je ne veux pas la vie des autres. Je veux et ai besoin de silence, de calme.
Pire que le froid, l'humidité froide. Poser le briquet pour allumer le gaz sur la table trempée et plus de feu, plus de boisson chaude. Renverser la bouteille d'eau dans la voiture et la nuit sera mouillée. Laisser les clés de voiture dans celle ci et fermer la porte, la fermeture automatique se met en marche et on se retrouve dehors en petite tenue pour le reste de la nuit. Il y a une multitude de petites choses anodines qui, dans ma situation, prennent des proportions d'ordre vitale. Je note tout pour ne pas oublier et surtout pour informer le monde de ce vécu. Les gens autour de moi continue leurs activités sans rien changer à leurs habitudes. Tout cela est si peu important, « infiniment dérisoire et important » écrivait Martine B., l’amie et l’amante de mes 25 ans. Belle jeune femme, modèle professionnelle qui se faisait payer cher dans le jardin de Giverny pour une photo. Elle savait faire avec moi. Une grande douceur. J'ai son livre de poésies écrit chez moi à l'époque. Elle était calme et silencieuse cette jeune femme, elle était surtout terriblement belle, vaporeuse, diaphane. Elle ne marchait pas, elle glissait sur le sol, tel un dériveur sans dérive filant vent arrière.
Mon chat se risque à découvrir l'intérieur de ma voiture. Aujourd'hui il a grimpé à deux reprises dedans. La deuxième fois il est resté environ deux minutes assis au beau milieux de mes affaires. Il s'adapte aux nouvelles circonstances.
Au sujet de l'affaire de Ganagobie, la Mairie et l'atelier de sculptures. Je reste calme et serein. Pas de haine. Tout glisse sur moi, autour de moi. Il y a beaucoup de mensonges. Madame le Maire ment. Je la laisse tranquille dans ses diatribes, il y aura un moment où tout sera rétabli. Le 8 février 2021 par exemple, Madame le Maire me propose un logement, un logement social soi disant. Mais il n'y a jamais eu de logement social à Ganagobie et encore moins un logement disponible dans ce village au moment du 8 février 2021. Je suis défini comme un être abject, violent, insultant, une sorte de voyou, une espèce de trouble à l'ordre public doublé d'un " pseudo sculpteur." Je ne réponds pas à ces niaiseries. Ceux qui me connaissent là où j'habite savent qui je suis. J'ai toujours été là pour aider ceux qui me demandaient. En face de ces accusations infantiles je ne réagis pas. Le temps des explications n'est pas encore venu. Dire les choses au bon moment. Ni trop à l'avance, ni trop tard. C'est la stratégie de la démocratie directe. Il va y avoir un procès en appel, ce sera probablement le bon moment pour s'expliquer. Il y aura un autre moment propice pour clarifier les choses, la période des élections municipales.
Le chat profite de ma présence et proximité pour se reposer en sécurité. Il dort à poings fermés près de moi le museau calé dans ses pattes de devant.
Ma voisine ce midi m'a apporté un plat délicieux, osso-buco royal. Je me suis acheté ce matin des chaussures montantes pour l'hiver, le froid et la taille du marbre. J'ai également pris les chaussettes chaudes qui les accompagnent. Un grand merci à ma médecin.
Surprenant, dans ma situation très instable et délicate, je me découvre en capacité d'être toujours émerveillé par des petites choses qui semblent insignifiantes voire ridicules et qui ont pour moi une importance considérable. " qui a l'oreille assez fine pour entendre le soupir d'une rose qui se fane. " Arthur Schnitzler dans "Relations et solitude." Quel aphorisme sublime.
Quelque soit le lieu où l'endroit où j'atterris, je me sens chez moi car je suis chez moi dans ma tête. Dans ma voiture, au cabinet médical, à l'atelier, près de mon marbre, je suis en terrain connu. Un excentré, au centre.
Aujourd’hui j’ai transporté deux sculptures vers mes boxes à Peyruis. La route est tellement crevassée que les deux sculptures sont arrivées cassées. C’est du plâtre ça se répare.
Aujourd'hui 11 novembre, journée ensoleillée, température douce pour la saison. Je suis dehors avec mon chat. Je bronze. Je pourrais aller tailler mon marbre mais je n'y vais pas, c'est jour de congé pour tous donc pour moi aussi. Je n'ai rien de spécial à faire aujourd'hui alors je fais le vide, ne pense à rien. Rien en vue à l'horizon. C'est singulier, tout le monde voudrait que je m'énerve, me mette en colère, insulte, enrage, mais rien ne vient. Face à la folie des êtres humains une seule réaction s'impose. Le silence et l'unique question que tous les psychiatres posent à leurs patients en cas de crises aiguës : "Qu'est-ce qu'il y a.? "
Je veux partir. Juste revenir chaque matin pour finir ce marbre et c'est tout. Les sarcasmes de la mairie glissent sur moi sans avoir aucune prise sur mon état intérieur. 35 années dans ce lieu c'était bien, mais ça suffit. Je veux partir. "Partir": la motivation de tous Romantiques qui se respectent. Si possible, partir avec mon chat. Je suis une coquille vide. Aucune envie, aucun désir, rien. Du calme, du silence et dormir. La lumière de novembre est superbe. Une lumière fraiche d'automne. En fin d'après midi elle rase le sol, irrise les feuilles allongées à terre. Mon chat s'accroche à moi. Il ne quitte plus mes genoux. Guette mes moindres mouvements. Attend devant la porte de l'atelier pour que je lui ouvre. Il est inquiet. La peur et l'angoisse de l'abandon. Je ne l'abandonnerai pas ce matou. Le matin, le chat sur mes genoux je glisse mes mains sous son ventre, c'est chaud, velu et chaud. Il est roi. Parfois il grimpe sur une de mes épaules, il semble régner en maître, plus haut que moi, il domine. Je lui laisse ses illusions.
Me voilà comme un marin à la dérive sans aucun contrôle sur la direction à prendre. Je suis au grand vent, au grand large, à l'air libre, le froid, l'humidité, une sorte de douce nuit polaire. Parfois les mouettes remontent la Durance jusqu'ici. La journée il fait un temps agréable pour la saison. La semaine prochaine ce sera une autre histoire, la température descendra sous le zéro. Mon chat veut rentrer dans l'atelier, comme un enfant il ne comprend pas pourquoi je n'ouvre pas. Incapable de lui répondre de manière intelligible, alors je le gâte plus que de raison. C'est la fête. Les voisins du dessus n'osent pas regarder en bas, ma voiture, moi, en camping et en partance. Ils n'osent pas. Seul mon voisin du dessus a sorti sa tête pour regarder sous sa fenêtre ce qui se passait, la première fois il est vite re-rentré incognito, la deuxième fois je l'ai surpris avant qu'il se dérobe alors il s'est senti obligé de me dire bonjour. Mes autres voisins n'ont jamais été aussi discrets lors de l'ouverture de leurs volets et fenêtres. Ne pas voir, ne pas entendre, ne pas sentir, ne rien dire. La honte. 1941. C'est aussi ça la France. L'indifférence générale, exceptée les amies et amis. Je me sens calme, je ne me suis jamais senti aussi calme, bouillant à l'intérieur.
Je viens de tendre une bâche plastique car la pluie n'est plus très loin, et demain il pleut toute la journée. Je l'ai préparé il ne reste plus qu'à la scotcher rapidement s'il se met à pleuvoir. La porte arrière de la voiture pourra rester ouverte malgré les averses.
Et il y a eu cette petite vieille à Vaison la Romaine, lors de la grande crue il y a de cela une trentaine d'années. Elle habitait près du pont Romain qui enjambe la rivière. L'eau entrait et sortait de chez elle et elle, dépitée, avec son balai essayait de guider l'eau qui traversait sa maison à grandes enjambées, le flux grossissait à vue d'œil, atteignant rapidement les 20 cm puis plus et finit par envahir toute la porte de sortie, la mamie et sa maison furent promptement emportées et puis plus rien. Toutes deux englouties par les eaux. C'est un voisin d'en face le cours d'eau qui impuissant a filmé la scène, qui ne dura qu'une petite minute.
À chaque fois que je visite mon marbre près de la piscine, je ne peux pas m'empêcher de penser en souriant : "Ah les cons!" " AH LES CONS!". Et je rigole. À chaque fois j'y pense, ils auraient pu faire un musée dans cet atelier. Ah les cons. Les crétins. Les imbéciles. Quel pied de nez à la civilisation, à la culture, à l'art, un million d'années à rebours avec ces gens là. Le temps où l'Homme était encore frugivore, le temps des arbres, des feuilles à bouffer. Le temps d'avant où l'homo-érectus découvre l'empathie puis la sympathie et enfin l'art. Non, ils vont faire des garages à voitures ou entreposer des parpaings et autres sacs de ciment. Pauvre France.
Je vous renvoie à la lecture d'un auteur que je n'apprécie pas vraiment mais qui a écrit un livre remarquable de justesse : "Le signe du taureau" d'Henri Troyat. Étude scrupuleuse d'un jeune artiste, son œuvre, la mère d'un de ses modèles, et un autre artiste raté, qui redécouvre son rêve d'adolescent parti en fumée. Ceci si vous voulez mieux comprendre les fantasmes de certaines personnes ivres de démence lorsqu'elles pénètrent un atelier de sculptures.
La musique commence à me manquer. Siffler et fredonner ne suffit plus. Je rêve d'un logement même petit avec ordinateur pour développer mes photos et d'un endroit où poser mon ampli et sono hi-fi. Il me faudra un casque pour écouter ma musique. Les films et dvd ne me manquent pas.
Quand j'y pense, cette femme voit la misère, non seulement elle ne réagit pas et ne fait rien, non, elle enfonce. Elle pousse vers le pire. La rue puis, le caniveau.
Triste famille dont une partie est probablement complètement démente.
Les matins je me réveille tôt avec en tête les requiems de Fauré et Mozart. Je les connais par cœur, d'ailleurs Fauré a dû emprunter à Mozart quelques petites parties de son requiem (version 1893), éléments savamment utilisés avec délicatesse. Je m'en suis aperçu en sifflottant l'air de Fauré, un matin. À un moment donné sans m'en rendre compte j'ai bifurqué vers le requiem de Mozart. Le tout absolument naturellement. Cela m'a fait sourire. Il faudrait que je vérifie la chose en comparant les partitions.
J'ai le comportement d'un autiste. Je ne supporte pas le monde, déteste les rassemblements humains, les groupes, les concentrations, la foule, les pièces exiguës. Il me faut de l'air. Lorsque je vais chez Raymond, il me demande de rester. Il aime ma compagnie. Il est terriblement seul. C'est un homme dense. Qui va aller voir Raymond une fois que je ne serai plus à Ganagobie? Qui?
Je vis cette expulsion un peu à la légère comme s'il ne s'était pas passé grand chose. Je suis la journée à côté de la porte de l'atelier, j'ai la wifi que je n'ai pas fait couper, je suis proche de mon chat. Les nuits doivent être sérieusement épiques pour lui. Il y a des dangers partout, le froid, les renards, un chat dominant qui l'ennuie souvent, et la solitude.
Et lui, qu'il est bruyant, très bruyant. Il ne peut concevoir les rapports humains que dans le bruit, les cris et les hurlements. La préhistoire quoi. Il crie, il hurle, il ne sait pas parler doucement. Ses bruits? La bétonnière, tractopelle, fausse voiture de course, camion, moto cross, quad, rodéos, grosse voix sur les objets qui ne peuvent pas lui répondre. Il crie et hurle sur ses proches, son chien, sa femme, sa femme qui l'a quitté d'ailleurs. Peut être un éternel frustré très certainement, insignifiant lorsqu'il se risque à parler, nous sommes face à une caricature, un frugivore des temps anciens. Des griffures "Godzilla" sur ses vêtements comme une marque de fabrique, ainsi l'adolescent de base décore sa première mobilette 49cm cubes, à l'aide d'autocollants bigarrés, à la recherche d'une personnalité inexistante ou qui n'a jamais pu se développer. Homo érectus peut être mais pas plus. À rebours. Retour à moins d'un million d'années en arrière. En somme un pauvre type. Un simple crétin doté d'un égo vide gonflé à outrance, parce que vide justement. D'ailleurs depuis le 30 octobre il s'est volatilisé.
Il fait moins 5 degrés ce matin. Ne surtout pas respirer l'air froid par la bouche, uniquement par le nez, et si possible muni d'une écharpe devant les narines. Mes narines sont brûlées par le froid.
Ce matin une demie heure pour retrouver la chaussette sale que j'avais égarée quelque part dans la voiture. Il me faut avoir le temps et il se trouve que mon seul luxe c'est précisément le temps. Je suis en vacances. J'ai un peu d'argent mais je ne dois pas y toucher. Celui ci est pour les locations des boxes où j'entrepose mes affaires. Hier j'ai oublié dans l'atelier ma grosse écharpe. Je la récupérerai demain. Parfois je vais faire des petites courses, j'en profite pour aller aux toilettes, il fait bon dans les magasins. Je m'offre un café. Ma vie est simple, je ne peux pas aller trop loin, uniquement à la Brillanne ou Les Mées.
Les bananes. Je savais que les bananes ne se mettent pas dans le frigo. Dehors l'hiver c'est pareil. Mes 4 pauvres bananes achetées hier n'ont pas réussi à passer la nuit. Gelées, noires, grillées au petit matin. Même chose pour l'huile d'olive. Elle est figée raide, un bloc.
Chaque jour je me remémore les musiques que j'aime. Les préludes de J.S. Bach pour piano. J'en avais appris quelques uns par cœur. Vite un logement avec de la musique plein les oreilles. Schubert, Vivaldi, Mozart, Beethoven, Ravel, Debussy, et tous les Russes, sans oublier Frank Zappa.
Cet après midi, j'ai croisé un habitant de Ganagobie à la pharmacie. Lorsqu'il m'a vu entrer, il s'est retourné pour ne pas être reconnu et être obligé d'entamer la discussion. Je me suis placé à côté de lui. Je l'ai donc ignoré sans aucun problème afin de ne pas le faire culpabiliser inutilement. Il ne veut pas voir ni entendre ni parler. Toujours Infiniment dérisoire et important.
Les feux de cheminées sont allumées. La fumée descend jusqu'à ma voiture, j'imagine les gens auprès de leur cheminée, je n'envie pas leur vie. L'huissier m'a raconté un peu sa vie. Il fait des kilomètres pour faire le vide et penser à autre chose. Un métier très ingrat, il part tôt le matin, rentre tard le soir... On parle beaucoup lorsqu'on se voit tous les deux jours. Profondément humain.
Il est 17 heures, la température tombe, la tablette patine. Impossible de charger la tablette et le portable. Trop froid. À demain.
Nous sommes le 28 novembre 2025, bientôt un mois que je suis à la rue. Les températures baissent et se situent dorénavant en dessous de zéro. Ce matin nous avions moins 5 degrés. En un mois, deux ou trois petites alertes dans le ventre. Pas de maladie à signaler. La nuit j'ai chaud, je fais attention à ce que je mange. Des fibres, des noix et noisettes, jus de citron frais, légumes, un peu de viande blanche. Des œufs sur le plat tous les matins. Simple et efficace.
Ce matin tôt mon chat a demandé à rentrer dans ma voiture...au chaud, je l'ai laissé faire il s'est installé sur les couettes avec un objectif affiché : s'installer sur mon visage. À trois reprises je lui ai fait comprendre qu'il en était hors de question, il a grogné, je l'ai soulevé par la peau du cou, lui ai montré la porte encore ouverte et il s'est mis à ronronner et s'endormir sur mon ventre. Sur mon ventre, se trouve mon portable et mon chat.
En étant à l'air libre j'ai le temps d'observer mon chat. Il essaye de faire du charme aux oiseaux lorsque ceux ci se risquent assez proche de lui. Il chante, s'aplatit sur ses pattes, rampe doucement...mais ça ne marche pas vraiment. L'oiseau s'envole dès les premiers pas de l'animal. Pourtant le chat roucoule et imite l'oiseau dans ses moments les plus intimes des printemps riches en promesses amoureuses. Depuis qu'il est à l'atelier et en dix années il a triplé son vocabulaire vocal.
Ils m'ont délogé, ils me relogeront. J'irai jusqu'au bout, jusqu'à la fin. Il ne fallait pas me chatouiller. Un élu du conseil plus alerte que les autres, m'a demandé en 2021 ce que je voulais, je lui ai répondu : qu'on me laisse tranquille et si possible avec intelligence. Pour l'intelligence ce n'est pas gagné, et pour ce qui est de me laisser tranquille, ce sera dans une autre vie. Il ne fallait pas me déranger de manière aussi stupide. Depuis un an je range, je trie, je jette, je classe, je dépoussiëre, j'emballe dans des cartons. Depuis le 1er janvier 2025 je n'ai plus ouvert de livre, je n'ai plus regardé un seul DVD, rien, juste du rangement. Jusqu'à la fin, le 30 octobre, j'ai écouté de la musique, trié mes photos. Ce 30 octobre sera marqué par l'imbécilité et le crétinisme. Je n'ai plus taillé mon marbre depuis deux mois. Depuis le début des vacances de la toussaint. Il ne me reste que l'écriture. Aujourd'hui il pleut. J'ai bâché l'arrière de la voiture. J'ai acheté un grand parapluie. Tout va bien. C'est ce que j'essaye d'expliquer à mon chat : tout va bien. Pour l'instant...
Le clapotis de la pluie lorsqu'on est dans la voiture est très romantique, je me répète volontairement, seulement, après une journée de pluie, le romantisme fout le camp.
Au début il y a eu l'empathie. Puis la sympathie a suivit et enfin l'art a pris place dans les prémices des premières sociétés humaines. Il y a de cela un million d'années en arrière. Les élus du conseil municipal semblent ignorer cela. Pourtant il y a un pompier parmi eux. Il est pompier, élu, il m'expulse et comme pompier va me secourir s'il m'arrive quelques chose de grave? Cela n'a aucun sens. Certaines contradictions m'échappent totalement. Ils me poussent vers l'indignité, vers le vide, rajoute de la misère à la détresse, vers ce temps où nous grimpions dans les arbres, mangeant des fruits et des feuilles. Depuis un mois dehors, je me sens sale, mal lavé, car par temps de pluie inutile d'imaginer se laver. J'ai droit à une douche tous les deux jours hors week end. Je me verse un café bouillant dans ma tasse, le temps de poser la cafetière, beurrer une tartine et le café est froid. Je suis un privilégié, j'ai un café et du beurre à étaler sur mon pain. Un mois à la rue, ça suffit. Un mois dans ma voiture, sauf les moments passés au cabinet médical. Premiers saignements de nez probablement dû au froid extérieur sous le zéro. Qu'ai je donc fait pour qu'on m'inflige cela? J'ai refusé l'inique. Ils règlent leurs problèmes familiaux sur le dos de l'atelier de sculptures. Premières gerçures près des ongles et sur les mains. Le froid bouffe tout. J'ai en mémoire les récits de Schakelton en Antarctique au début du XX ème siècle. Aventures fascinantes au demeurant.
1/ Je n'ai pas pu répondre favorablement à une proposition frauduleuse et inique de la Mairie. Un loyer de 100€ pour la totalité de la surface de l'atelier de sculptures.( 304 mètres carrés ) Plus 500€ pour un loyer logement social à Ganagobie qui n'a jamais existé. Je vivais à l'époque avec 490€ par mois. Non seulement ils n'ont probablement jamais mis les pieds dans un musée mais en prime ils ne savent pas compter.
2/ J'ai refusé la deuxième proposition de la Mairie : 167€ par mois pour un tiers de la surface totale de l'atelier. Cette proposition a été faite alors que je venais juste de bénéficier d'une allocation adulte handicapé et que je venais d’accepter la première proposition Mairie. Ils se sont jetés sur mon allocation adulte handicapé comme des chiens affamés. Depuis 2022 je règle 100€ de loyer par mois.
Qui accepterait de voir son loyer passer de la gratuité à 100€ pour 304 mètres carrés et passer de 110 mètres carrés pour 167€ ? Qui Sachant que la loi de 2014 est ignorée? Loi qui oblige les communes propriétaires de locaux à réaliser les travaux et expertises des bâtiments en question. Ils ignorent la loi et comme solution m'expulse. C'est si simple. Le tout après m'avoir demandé le 8 février 2021 de changer mon assurance habitation en assurance professionnelle. C'est beau.
Tout ceci comme si certains individus autour de moi devenaient fou. Je dors assez bien la nuit malgré tout, j'ai bien chaud sous mes couettes en duvet. Mes pieds se réchauffent lentement, il faut une heure pour que les pieds et orteils soient à bonne température. Je dors avec mon portable. Je le coince contre mon ventre, sinon il perd son énergie. La journée c'est la même chose. Si je le sors sans l'alimenter il tombe raide à 1% de batterie disponible en 5 minutes. Le froid détermine toute condition. J'ai arrêté de siffler car cela se fait la bouche ouverte et j'inspire aussi par la bouche. L'air est vraiment trop froid pour être inspiré bouche ouverte.
Hier il a plu toute la journée et toute la nuit. L'huissier avait fini son travail vers 15 heures mais il m'a laissé jusqu'à 19 heures à l'atelier. Il est rentré chez lui à 15 heures à Digne et a refait un aller/retour Digne/Ganagobie - Ganagobie/Digne en début de soirée afin de me laisser du temps au sec. Admirable. Nous parlons d'art, de droit, de justice, de responsabilité, de discernement, nous échangeons aussi sur la musique, il est guitariste. Je lui ai donné à voir mes time lapses aquarelles et musique. Je vais lui offrir une sculpture pour son grand dévouement et sa grande capacité de discernement.
J'ai envie de dormir. Dormir longtemps, très longtemps dans le silence, la paix, le calme. Loin des cris et des hurlements. Loin de tout. Loin de toute forme d'imbécilité, loin des crétins, à l'abri des mièvreries. À l'abri de tous ces neutres qui font le hibou dès qu'il y a un bruit, regardant à droite puis à gauche pour savoir d'où vient le vent et par où il faudrait se diriger en cas de fuite désespérée avec la masse incognito, se fondre dans le plus grand nombre.
Dormir loin de la terre, à la dérive dans l'espace. Au lieu de cela, on voudrait que je me mette en colère, des tracts, des avis à la population, conférences de presse, grève de la faim, faire du bruit en quelque sorte. Mais c'était sans compter avec moi. Je sais le silence fondamental. En musique il l'est, pour le reste aussi. Tout tourne autour du silence. Depuis la deuxième semaine des vacances de la Toussaint je ne taille plus mon marbre. Je reprendrai mon œuvre plus tard avec méthode. Ma réponse sera le silence, le calme, l'humour, ma détermination à faire valoir le droit et ma liberté. C'était prévu comme ça, ça s'est passé ainsi, sans surprise, sans heurts, tout c'est déroulé dans le calme, maintenant va venir le temps du silence qui gronde. Ces gens qui décident sont nuisibles, hostiles au progrès de l'Humanité. Avec ce crétinisme à la mode, l'espèce Humaine est en danger et en voie de disparition.
Il y a une catégorie d'individus, qui vont se reconnaître ici, et heureusement qu'à Ganagobie ils ne sont pas trop nombreux. Ils n'existent uniquement qu'au travers le bruit, le bruit et encore le bruit, tondeuses à gazon, tronçonneuses, tractopelle, motos etc...je me répète mais il faut bien insister, et quand le bruit ne suffit pas ils ajoutent au vacarme les cris et hurlements, des bêtes QUOI. La misère.
Et un des acteurs du bruit omniprésent dans le village m’a dit hier que c’était bien fait pour moi si on m’a expulsé de l’atelier, je n’avais qu’à finir mon marbre. Cet imbécile n'est jamais venu à l'atelier et n'a pas lu le dossier juridique qui oppose la Mairie à l'atelier de sculptures. Il parle mais ne sait rien. Pathétique. Je n'ai pas répondu à cet imbécile.
C’est quand même extraordinaire. Ils me suppriment les subventions de mes cours de dessin et… ils ne comprennent pas pourquoi il n’y a plus de cours. Dans un même ordre d'idée, ils me suppriment l’accès à l’eau pour la taille de mon marbre et… Ils ne comprennent pas pourquoi cette taille dure dans le temps. En 2014 je leur signale un grand ralentissement dans la taille de mon marbre car mes poignets ont laché, je suis handicapé. La Mairie aurait pu me donner à remplir un dossier pour obtenir une allocation adulte handicapé? Rien n'est venu. Je ne connaissais pas ces droits.
INTERLUDE.
Depuis quelques minutes j’observe une goutte d’eau qui succède à une autre et ainsi de suite. Il pleut, je suis dans ma voiture. Il est 5h30. J’ai pris mon petit déjeuner sous la bâche au sec. Je réfléchis et mon attention a été capturée par ces quelques gouttes d’eau. Ma voiture date. Il y a des petites fuites. Oh presque rien, juste quelques gouttes par ci par là. Et la petite goutte que je regarde a pris possession du tissu qui orne le toit intérieur du véhicule. Oh pour l’instant ce n’est qu’une petite tâche, un petit centimètre de diamètre. Mais l’eau on le sait va là où c’est facile. C’est un plombier qui m’a expliqué ça. La tache d’humidité qui n’était qu’un mince filet au départ s’est agrandie lentement pour devenir maintenant une belle forme généreuse, pulpeuse. Puis plus rien, l’eau a dû trouver chemin plus aisé, peut-être à l’intérieur de la carrosserie. Impossible de savoir où va se dérouler sa course. Vers le sol dehors ou alors sur le plancher de la voiture, là où je dors?
Hier soir alors que l’huissier allait repartir, trois personnes sont venues, ils cherchaient quelqu’un qui dormait dans sa voiture. Avec l’huissier nous nous sommes regardés en souriant. Pour nous nul doute, la Mairie avait appelé le 115. Le 15 décembre soit un mois et demi après m’avoir expulsé… ils s’inquiètent ou culpabilisent ou les deux. Je vais me répéter car ici nous pénétrons le domaine de l’art. Ils sont pressés de voir la sculpture en marbre terminée, pour ce faire ils me demandent de virer mon échafaudage, d'enlever le plâtre grandeur nature qui me servait de repères et mesures, me coupe l'arrivée d'eau que j'utilise pour mes outils en tungstène. Et ils ne comprennent pas pourquoi ça traîne en longueur. Ils suppriment les subventions pour l'association qui dispense les cours de dessin et une fois le tout supprimé ils ne comprennent pas pourquoi il n'y a plus d'activité artistique. Comment qualifier ce genre d'attitude? Ils m'expulsent de là où je vis, et un mois et demi après ils m'envoient le 115? Ils sont malades ces gens, complètement malades. Une nouvelle maladie post Covid? Des malades ou des nuisibles ou les deux à la fois voire pire encore. C'est peut être pour cette raison que je n'arrive pas à me mettre en colère comme le voudrait certains de mes amis, il y a du non sens, du contre sens, de l'absurde, de la folie, du déni, il faudrait une psychothérapie de groupe pour la moitié de la famille qui dirige ce village. Je n'ai pas de colère, ni de haine, rien ne vient car ici est le règne de la folie. Face à la folie, on garde son calme et on demande, et je suis obligé de me répéter : " Qu'est ce qu'il y a? ". Les psychiatres vont rire une deuxième fois s'ils me lisent.
La tâche d’humidité s’est bien étalée maintenant. Le tissu est marqué bien largement. Je décide de me lever enfin. Il a plu toute la nuit. Ce matin au réveil il ne pleuvait plus. Petit déjeuner presque au sec sous une bâche détrempée.
Ce matin durant mon petit déjeuner et pour la première fois je me suis demandé si j'avais raté quelque chose dans ma vie. Une chose est sûre je ne voudrais en aucune manière vivre la vie des autres. Je suis bien à l'air libre, j'aime la prise au vent, les embruns, mais j'aime aussi un minimum de confort. Bien évidemment ma vie n'aurait jamais pu être vécue ainsi sans le soutien inconditionnel des amies et amis. Merci Geneviève, Philippe et Franz. Ce matin j'ai assisté au dernier croissant de lune juste précédant l'aube où tout est encore gris, où rien ne peut être distingué, où tout est nappé dans une brume sans couleur définie. Nous sommes le 17 décembre, je suis en "vacances" depuis plus d'un mois et demi. Un mois à dormir dans ma voiture. Je commence à être au point. Préparer les affaires propres le soir pour le lendemain. Car chercher durant des heures dans le froid une paire de chaussettes propres le matin avant l'aube n'est pas agréable. Me voilà donc au point. Je sais où se trouve les choses essentielles, les petits sacs poubelles, les affaires de toilette, les chaussettes et sous vêtements de rechange journalier. La petite trousse à pharmacie. Le coupe ongle. Les multiprises de courant pour recharger les batteries du mobile et tablette. Ça peut sembler simpliste mais, dans ma voiture il y a toutes mes affaires de vie. Mes outils pour le marbre, mon linge, mon gros cartable avec tout le jugement, mes papiers importants. Ma tente auvent avec bâche. Mon duvet et mes trois précieuses couettes en duvet. Fort heureusement la nourriture est dans la remorque que l'ami m'a prêté. Les vis, clous, scies et autres outils non indispensables eux aussi sont dans la remorque. Heureusement car avec la nourriture et l'humidité ambiante l'odeur dans la voiture aurait été infernale. Mes couteaux sont dans mes poches, tous aiguisés ultra finement. Je sais mes allumettes en sécurité et au sec, mes trois briquets sont eux aussi dans mes poches. Et le plus important, mes clés de voiture se trouvent dans la poche de veste chaude que je porte chaque jour.
Pathétique et émouvant. Il me faudra un jour organiser dans le village "un télethon spécial tétines pour nourrissons frustrés." Gagner des tétines à mâchouiller lors d'un concours pour calmer les nerfs fragiles des petits énervés.
Mon arme : le silence. Le silence est comme une lame de fond qui surgit dont on ne sait où, indéfinissable, imprévisible, et qui envahi tout sur son passage. Un silence comme zone de tension rongeant lentement les ruines de l'ignorance.
Le silence en réponse au déni. Mon silence en réponse à leur déni. Au plus le déni est invasif au plus le silence se doit d'être pesant et au plus grand sera le retour du boomerang. J'ai regardé le bulletin municipal de décembre prêté par un ami voisin, j'ai souri en le parcourant. Pitoyable et parfait. Je l'ai prêté à l'huissier pour sa connaissance du niveau moyen développé, et je l'ai ensuite prêté à ma médecin, et envoyé à mon avocate.
J'éspère très sincèrement que cette autopsie succincte malgré la nature dramatique de l'histoire, vous aura fait rire ou au moins sourire, c'était aussi un des buts à atteindre, car je n'ai jamais perdu mon sens de l'humour comme moyen pour arriver à mes fins, faire en sorte que les nuisibles ne puissent plus jamais se présenter à un quelconque suffrage. Ou s'ils se présentent à nouveau qu'ils soient la risée de tous. Aussi j'aurai bien aimé revoir et discuter tranquillement à nouveau avec l'élu qui a eu l'intelligence de visiter l'atelier en 2021, échanger avec lui sur le bilan que l'on peut penser sur cette scabreuse histoire cinq années après sa première visite de l'atelier.
En musique, la répétition d'un même son, d'une même note durant quelques instants équivaut à un silence.
Il a plu toute la nuit, sauf quand je me suis levé vers 2 heures du matin pour aller uriner. Ce matin au réveil vers 5h30 il ne pleuvait plus. Une chance. Mon téléphone ne charge plus, trop froid, trop vieux, trop souvent allumé aussi et trop de rechargements probablement. Hier soir il était juste chargé à 100% et le temps de rentrer dans la voiture, pouf la batterie redescend à 1%. Pas de soucis, je me suis rappelé le temps où il n'y avait pas de portable.
Combien d'artistes, de sculpteurs sont morts dans la misère, inconnus de tous? Camille Claudel, Médardo Rosso, qui d'autre? Beaucoup probablement. Mon arrière grand père, Maitre Eugène Landais, est mort dans l'indifférence générale, pianiste, organiste et compositeur de la cathédrale de Poitier, aveugle, renié par sa famille. Logé dans une cave où on lui apportait les restes des repas comme on servirait un chien. On m'avait raconté cette histoire scabreuse alors que j'étais enfant. Véridique? Je ne sais pas, différentes voix m'ont conté la même chose. Cet épisode de l'histoire de "ma" famille dont j'ignore tout, m'avait fortement marqué et attristé. Il y a aujourd'hui à Poitiers une rue à son nom, un hommage bien tardif.
Je fais des progrès en assouplissements. Pour sortir de la voiture la nuit ça devient simple. Je m'éjecte en une seule fois. Fini les pieds qui se prennent dans la ceinture de sécurité. Fini les glissades et autres tentatives infructueuses et répétées pour entrer dans le véhicule le soir. L'habillage du matin se réalise maintenant sans encombre. Chaussettes, pantalon, chaussures, polo, veste, double veste, je m'habille rapidement maintenant. Petit lavage dehors avec un minimum d'eau. Mon amie, Catherine P., m'avait expliqué que dans un navire de pêche en Alaska, on apprend à se laver avec un simple petit verre d'eau. Catherine, personnage incroyable, a fait trois fois le tour du monde en auto stop. Traversée du nord au sud tout Honk-Kong à pieds. La seule fois où elle a eu de sérieux ennuis c'était à Marseille. Elle a pris des cours de sculpture...mais elle n'en avait pas réellement besoin, elle venait souvent dans mes cours jeunes, je la laissais parler, raconter ses voyages, elle a fait rêver bon nombre de jeunes qui l'écoutaient toujours bouches bées. Je l'appelais camion, car elle se déplaçait avec un vieux camion Citroën. Elle fait partie de ces amies qui ont peuplé l'atelier de sculptures, et ont fait rêvé les enfants et les jeunes. Je me souviens, un soir, des amis étaient venu à l'atelier, nous avions mangé les pieds dans l'eau car il avait plu, l'atelier était inondé, Catherine était restée silencieuse tout le long du repas, personne n'avait prêté attention à elle. Et soudain elle s'est mise à parler comme pour se raconter ses histoires pour elle même. Tout d'abord avec une petite voix fluette puis sa voix s'imposa grave, décidée, enveloppant tout sur son passage. Tous les amis présents furent surpris par cette intrusion hors sujet puis firent silence bien sagement, je souriais car je savais qu'elle avait des choses à dire, à raconter. Un vrai grand plaisir. Nous avions tous les pieds dans l'eau qui montait doucement. Quand il pleut dehors il pleut dedans aussi. Elle parla toute la soirée jusqu'à assez tard. Elle s'en alla comme elle était venue, à pas de velours et en silence. Une fois partie, mes amis me harcelèrent de questions à son sujet. Une présence inoubliable.
Presque deux mois dehors. Heureusement que je suis prioritaire pour un logement sinon ce serait vraiment très long cette attente. Nous sommes dimanche et chose incroyable mon voisin du dessus ne crie pas comme à son habitude les dimanches. Peut être n'est-il pas là aujourd'hui. C'est calme. J'ai appris plus tard qu'il est parti crier ailleurs.
La nuit dernière je me suis couché vers 18h, il pleuvait dru. Je me suis réveillé à 23h30. Puis j'ai écouté toute la nuit la pluie battante sur le toit de la voiture. Un vrai plaisir. Impossible de me rendormir. Le matin je n'étais pas fatigué. La pluie a cessé juste pour mon petit déjeuner. Parfois les choses se présentent bien sous un bon jour...sans la pluie. Mon chat attend toujours tous les matins devant la porte de l'atelier pour que je l'ouvre. Je suis bien démuni pour essayer de lui faire comprendre la situation. Pour lui ça va être difficile de subir un deuxième changement puis un troisième. Le deuxième épisode sera le 30 décembre, l'installation près du marbre et le troisième, le nouvel appartement à venir.
Chaque matin je me répète en moi même : Ils ont ajouté de la misère et de la précarité à la grande pauvreté dans laquelle j'ai toujours vécu. Cela ne les a pas dérangé. Peut être ont ils trouvé plaisir à cela. Peut être n'y ont ils pas pensé. Il y a des abrutis qui sont persuadés que je joue et fais semblant d'être dans la misère. Sans commentaire. Inconscients. Inconsistants. Sans épaisseur aucune. Pourtant et je le répète, il y a un pompier parmi ces gens qui dirigent le village. Parfois il y a des contradictions qui m'échappent.
Le vrai visage de l'extrème droite dans sa version inculte, stupide, dévoilé, mis à nu.
S'il y a des répétitions de cet ordre là dans ce texte, je les laisse et les assume car on ne répétera jamais assez les déboires de l'imbécilité humaine. Je suis en train de vivre ce que des centaines de milliers d'individus voire de familles entières vivent, à la rue après un licenciement, une traite impayée, un accident sans couverture, sans assurance. Et dans tout ça je suis un privilégié. J'ai droit au 115, j'ai une voiture qu'on m'a gracieusement donné, trois couettes en duvet, des amis qui ont assuré financièrement les charges liées à cette nouvelle vie au grand air. Et pour ce qui est du grand air, on peut dire que je suis merveilleusement servi.
Mon huissier m'a offert une boîte de chocolats en venant fermer la porte de l'atelier hier soir, 24 décembre!! Aujourd'hui le temps change. Le froid arrive. Il a plu une bonne partie de la soirée et nuit. J'ai mangé hier soir en accéléré et vite je me suis enfouis sous mes couettes au chaud.
Merci à mes voisins directs amis qui chaque jour m'ont proposé une chambre chauffée. Je n'ai pu accepter leur offre car du point de vue de la préfecture et pour être prioritaire pour un logement il me fallait être à la rue, à la vue de tous.
Me voilà donc depuis hier 30 décembre, près de mon marbre avec mon chat qui a eu l'opportunité de me suivre. Il y a manifestement 5 degrés en moins sur ce belvédère par rapport à devant l'atelier. L'orientation près du marbre est plein nord, le vent souffle continuellement. L'air froid entre dans la voiture avec le vent en prime. Le vent passe au travers tous les petits interstices des portes. Ma voiture est vieille. Le chat commence à trouver la voiture agréable la nuit. Il dors sur mon ventre ou pose sa tête près de la mienne une patte dans ma main. Il semble maintenant définitivement attaché à ma présence plus qu'à un territoire. Ceci étant il semble s'ennuyer près du marbre, le milieu alentour lui est hostile. Les chats et chiens ne sont pas loin. Près de l'atelier il avait ses amis et ses habitudes. Alors la journée, il la passe là bas. Et il revient de temps à autre. La nourriture et l'eau sont à proximité de la voiture. En fin d'après midi lorsque le froid arrive et que le soleil se couche il rapplique. Parfois la journée il reste près de moi sur une chaise. Me voilà dans l'incapacité de lui expliquer la nouvelle situation, un peu comme une mère impuissante à lutter contre la maladie de son enfant et l'impossibilité de lui expliquer et soulager le drame à venir.
Cette nuit j'ai bien cru que mon chat allait mourrir de froid. Il était frigorifié sur son dos. Il est venu presque sous ma couette. Je l'ai laissé faire. Ce n'est plus tenable à Ganagobie. Je vais partir. Je ne sais pas où exactement. Ce milieu est trop hostile. Ganagobie est un village avec peu d'adultes. Tout le monde fantasme tout haut, il n'y a personne pour demander à ceux qui fantasment d'écrire l'objet de leur délire afin que je puisse me saisir d'une plainte future. Affligeant et triste. On a le droit de fantasmer mais on n'est pas obligé de fantasmer tout haut. Pour couronner le tout les piles des clés de la voiture viennent de lâcher. J'en ai commandé d'autres, elles seront prêtes en fin de semaine prochaine.
Ce département est très beau, des paysages somptueux, des rivières, des fleuves tressés, des vallées suspendues, la montagne, la varièté des sites, mais les gens sont terrifiants parfois incultes. Et il y a manifestement des gens qui ne sont jamais entrés dans un musée. Il y a des endroits silencieux, délicieux et féériques, des lieux où le calme règne en maître. Encore une fois l'espèce humaine gâche tout. Nous ne méritons pas cette planête.
Chaque jour qui passe je me répète qu'ils ont osé ajouter de la misère à ma situation de grande pauvreté.
Pour ajouter de la contradiction à la contradiction, sur le site "Isotopchim" de Ganagobie, pollué pour 5600 ans ( voir pollution Ganagobie sur internet ) la commune a eu l'idée incroyable de disposer un composte collectif, si l'idée est salutaire, le lieu choisi pour ce bien commun est une hérésie totale. Pour ajouter de l'absurde à l'hérésie la commune a décidé sur ce même site pollué de disposer des éléments de sport pour séniors. Ici nous atteignons le domaine réservé au grand Art. Je termine ce marbre et je m'en vais loin de ce village, loin de tant de bêtises, loin de tant d'inconsistance. Heureusement que la Mairie ne m'intéresse pas le moins du monde.
Ma médecin a disposé dans son cabinet médical un bon nombre de mes bustes en plâtre et terre séchée. Certaines sculptures sont terminées et d'autres pas. Les avis des patients semblent unanimes quant à la beauté de cette petite présentation sommaire.
L'hiver il fait froid et l'été il fait chaud. J'aurai certainement eu plus de difficultés avec la chaleur d'un mois de juillet que face aux rigueurs de l'hiver et du gèl. Les journées sont courtes, l'attente est longue, très longue. J'ai reçu un courrier de la préfecture, m'indiquant que si aucune réponse favorable m'était signalée suite à mes demandes de logement, en mars 2026, alors mes doléances prioritaires devront être considérées comme définitivement perdues. C'est charmant mais ça a le mérite d'être clair. L'huissier a lu ce courrier et est resté atterré par autant de cynisme.
Aujourd'hui toutes les voitures passant devant mon campement m'ont fait de grands coucous excepté un conducteur qui ne m'a même pas vu. Il est passé comme si tout était normal. Comme s'il n'y avait rien de particulier. Certains amies et amis m'ont expliqué que ce que je faisais ne servait à rien. Je pense le contraire. Les gendarmes sont passés hier soir. Admirables gendarmes qui m'ont proposé de me faire les courses et de me changer ma bouteille de gaz. Ils m'ont écouté plus d'une demie heure. Mon propos leur a semblé clair et limpide. Ils m'ont assuré que je pouvais rester là.
Dimanche 4 janvier. Un vent glacial sur le belvédère souffle par raffales assez violentes. L'orientation est plein nord. Le chat ne reste que quelques minutes la nuit à l'extérieur. Tout gèle, l'eau, le lait, tout et immédiatement. Je verse de l'eau dans une tasse gelée, l'eau se fige instantanément. Alors je dis au chat qu'on va attendre demain matin. L'ami Raymond a commandé sur internet, deux bouillottes supplémentaires. Celle qu'il m'a prêté ne suffit plus. Le chat doit avoir sa propre bouillotte pour la nuit. Il a un bon poil mais la peau affleure sur les os, il vieillit. Il semble geler même la nuit dans la voiture.
Me voilà avec trois bouillottes. Une pour moi, une pour le chat et une pour la tablette et le portable. Mon portable doit être chargé le matin au cas où l'on m'appellerai pour un logement. Sans bouillotte le portable se décharge en 5 minutes pour atteindre le un pour cent de batterie vidée. Le chat a un drôle de comportement dans la voiture. Il est sage. Il s'installe là où c'est prévu pour lui, près de moi et il n'en bouge plus de toute la nuit. Au petit matin il tente une approche d'indiens, une patte puis l'autre et enfin pose sa tête près de la mienne avec délicatesse. Il s'adapte avec grâce d'un jour à l'autre.
Un couple que je ne connais pas, que je n'ai jamais vu, vient de passer près de l'endroit où je suis installé. Je leur ai dit bonjour, ils n'ont pas répondu, ils m'ont assuré que je n'avais pas le droit de rester sur cet emplacement. L'emplacement du marbre. Je leur ai demandé sur quoi ils se basaient pour me dire pareille chose. Ils m'ont juste répété que je n'avais pas le droit de rester sur ce domaine public. C'est un espace public m'ont ils expliqué d'une voix assurée. Je leur ai expliqué que les gendarmes, la veille m'avaient laissé sur place en parfaite compréhension de la situation. J'ai appris que la femme qui m'a invectivé allait se présenter sur la prochaine liste électorale aux élections municipales. Une sacrée future liste pour le village.
Je suis vraiment en milieux hostile. Très hostile et stupide. Les crétins se proposent d'entrer au conseil municipal. Les gendarmes ne connaissent pas ma situation ils me disent bonjour, me posent des questions, je réponds au plus précis, ils comprennent mon propos et me laissent tranquille me demandant si j'ai besoin de quelque chose, course, recharge de bouteille de gaz et repartent. Des gens que je ne connais pas que je n'ai jamais vu à Ganagobie, ne me disent pas bonjour et m'invectivent m'expliquant que je n'ai pas le droit d'être là, et que je vais devoir partir vite. Qu'est ce qui se raconte dans mon dos, dans les coulisses de la Mairie, en sourdine? Mystère.
Ce matin lundi 5 janvier, le soleil levant était d'argent. Quelques nuages éclairés par dessous en jaune de Naples illuminaient l'ensemble du paysage. Certaines parties de ces nuages se teintaient peu à peu d'un plomb verdâtre chaud. Il fait très froid, mais le pire arrive : la pluie et la neige. Dans ces conditions futures, je serai coincé dans la voiture sans pouvoir en sortir sauf en prenant le risque d'être trempé pour un long moment. La fin serait alors très proche.
Me voilà donc S.D.F., vagabond ou vu comme tel. Je vis ce que les gens du voyage vivent quotidiennement sans aucune intimité. Les insultes, les invectives, le mépris, la gêne que ma situation précaire suscite. Bientôt clochard. Et le déni en prime. Allons y ! Les matins je vais chez Raymond, toilette, douche chaude, petit café, petites madeleines, je fais des menues réparations pour lui rendre service, et on parle, sur la Police, la Gendarmerie, la prison, le Droit, l'amitié, la camaraderie, les réactions des uns et des autres au sujet de ma situation. Tous les sujets sont abordés sans retenues aucunes. Quand on a fini de tout se dire, il chante des chansons. Il a une belle voix forte.
Avec ce que j'entends parfois sur Ganagobie depuis le 30 octobre, je ne serai pas surpris si une pétition voyait le jour pour que certains habitants de Ganagobie demandent instamment à la Mairie de m'expulser du lieu près de mon marbre. Là on aurait atteint un sommet. Mais je ne serais pas surpris. La boucle serait bouclée. Il y a des gens qui passent en voiture, je ne les reconnais pas forcément, je ne sais pas si je dois leur dire bonjour avec la main ou pas. Alors dans le bénéfice du doute je les salue avec la main sans grande conviction, perplexe. Vite un logement social que je puisse respirer un peu.
Tous les chats de mes voisins et ils sont nombreux, viennent bouffer les croquettes de mon chat. Il y en a une qui semble pas trop hostile au mien, une blanche avec une grosseur sous le ventre, je la connais du temps où je taillais ma sculpture, elle venait chaque jour me dire bonjour, alors je la laisse s'approcher et manger un peu. Ça fera une copine pour le mien. Problème, elle prend toute la place et fait fuir Mario, alors elle va dégager.
L'importance du lieu, la sécurité, le chaud, l'intimité, rien n'est acquis, nous devrions nous rappeler cela chaque jour. Les va t'en guerre devraient se souvenir que sans abri nous sommes vulnérables. Un retour à la case départ. La guerre détruit tout sur son passage. Les premières victimes sont les femmes, les enfants et les vieillards.
Ah Ganagobie. Quel nom!! Lorsque j'habitais de l'autre côté de la Durance, un ami que j'hébergeais faisait des remplacements dans le centre éducatif de Ganagobie. Je l'amenais car il n'avait pas de voiture. Je connaissais un peu le lieu. Puis le centre a fermé, il y a eu pour l'occasion une petite fête avec les éducateurs du centre. C'est à ce moment que j'ai rencontré celui qui allait devenir mon professeur de guitare et ami. J'ai appri avec lui, toute la soirée, puis toute la nuit et enfin nous avons convenu de la régularité de nos futures rencontres musicales. Bientôt nous avons été au point pour un concert puis deux, nous avons joué ensemble durant une dizaine d'années, la perle fut le festival de Jazz en 1984 à Château Arnoux. Ganagobie fut cela aussi pour moi alors que ce centre venait de fermer et qu'il n'y avait pas encore d'habitants au belvédère. C'était le temps du silence, du calme. J'ai aimé cet endroit, ce calme. Aujourd'hui on est loin de cette époque. " Ma bohème..." qui fout le camp.
Par ces temps de froid assez dur, la moindre petite fissure près d'un ongle non seulement ne cicatrise pas mais s'élargit chaque jour un peu plus malgré les soins quotidiens. Les fissures s'approfondissent lentement dès que le doigt est sollicité. Les premières heures de la matinée sont terrifiantes. Tout ce que l'on prend avec ses doigts tombe au sol. Rien ne tient. La sensibilité de la préhension est annulée, figée. On croit tenir l'objet et non il est toujours sur place, alors au début on sourit, et quand le froid commence à brûler sérieusement on ne sourit plus. Tout ça était prévu, pas de surprise. Je ne pensais seulement pas que le côté urgent de mon relogement serait une urgence illusoire. Comment un élu du conseil peut il passer à côté de moi avec sa voiture, me saluer comme si de rien n'était, sans se poser la question de sa responsabilité dans ce désastre social annoncé? Où est sa capacité de discernement? Heureusement que l'huissier en charge de mon expulsion et de son suivi a quant à lui fait preuve d'une grande perspicacité, discernement et responsabilité. Sans lui je serais à ce moment en train de moisir dans des draps rongés par les champignons et le vert de gris. Raymond mon voisin a pris le relais. Les gendarmes eux aussi, vraiment impressionnant. Profondément humains. Les matins dans la voiture sont épiques.
Cette nuit j'ai essayé une nouvelle méthode pour sortir de la voiture. La tête d'abord, puis les mains qui s'agrippent aux éléments du toit du véhicule et par une grande traction vers l'extérieur et tentative d'extraction de l'engin, la belle affaire je me suis retrouvé coincé les pieds dans la ceinture de sécurité. Vu de l'extérieur ça devait être drôle heureusement à 3 heures du matin tout le monde dort. Ce matin un voisin qui est assez sympa est passé près de mon installation et m'a demandé pourquoi je ne dormais pas au cabinet médical de ma médecin, je lui ai assuré que je dormirai là-bas ce soir. Il a ajouté une chose incroyable. Il m'a dit: "si ton médecin te propose de dormir au cabinet médical, ce serait mieux pour tout le monde si tu dormais là bas". "Ça serait mieux pour tout le monde!! " Donc pour le bien être de tous je dois dégager et dormir ailleurs à l'abri. La misère ne doit pas se voir ni se sentir. Ne pas se montrer, cacher la misère pour le bien être de tous. Pourtant je ne me sens pas miséreux, juste une misère matérielle passagère. Les gens veulent être tranquilles. Gaza est loin. On donne aisément 1500 € pour l'Ukraine via l'association des Maires de France, et on expulse un franco-Ukrainien allègrement. Les contradictions deviennent des œuvres d'art. La misère gagne du terrain, les guerres aussi, ces catastrophes arrivent à grands pas vers nous. Tout le monde sera impacté.
Dans ma situation qui n'est pas des plus simples, je trouve encore le moyen d'observer un merveilleux lever de soleil. Ce matin c'était grandiose. Un filet rouge carmin qui file le long de la ligne de crête des nuages, qui eux sont verts de gris. Non seulement je n'avais pas mon appareil photo mais en plus il n'aurait pas tenu le choc vu la température ambiante. Il me faudrait une bouillotte pour le mobile, une pour la tablette, une pour l'appareil photo et une pour mes mains.
Depuis hier soir je dors au cabinet médical de ma médecin...et à la Mairie ils parlent de ça, quelqu'un leur a annoncé la nouvelle. Les gens parlent. Les copains de mon chat qui le visitaient parfois à l'atelier, le retrouvent maintenant ici près du marbre. Il s'est installé très rapidement avec ses marques tout autour du marbre. Il a compris que sa sécurité et nourriture était liée à mon véhicule et marbre. Il me suit comme un chiot. Je sens son attachement à ma personne. Dès arrivé au cabinet médical il s'allonge sur ma couche là où elle se trouve. Il dort jusqu'au matin. Durant toutes ces heures d'attente j'ai le temps d'observer mon chat Mario. Deux heures dans la voiture seul ça va. Plus de deux heures la panique le gagne, il se pose à la place du conducteur. Il entre maintenant sans trop grogner dans sa petite cage de voyage gracieusement offerte par Christine ma voisine. Lorsque je vais chez Raymond, 50 mètres en roulant, lui libre de ses mouvements durant le transport il s'installe sur mon accoudoir droit et scrute le chemin parcouru. Il apprend vite. Il ne se bat pas avec ses congénaires, parfois il grogne. Mes heures passées avec Mario me rappellent la préface de Salambô. Une chose devient intéressante lorsqu'on l'observe longtemps. Gustave Flaubert parle ainsi au sujet de son livre Salambô. Mario est mon sujet d'étude privilégié en ce moment.
Un lieu, un chez soi, là où on peut se laisser aller, se détendre, s'allonger, fermer les yeux, écouter de la musique. Là où il peut y avoir du silence, du calme. La musique me manque terriblement. Et je ne peux pas siffloter des airs connus et aimés car en sifflotant je respire l'air froid par la bouche, et mon chat ne supporte pas ces moments où je sifflote. Il s'installe sur mes genoux, je fredonne et immédiatement il se dresse, tend l'oreille et se dégage rapidement.
Je suis à la rue depuis 76 jours. J'ai commencé à compter les jours à partir du 73 ème jour. Le temps passe vite. De la préfecture et de la Mairie rien ne vient. Pas de logement à l'horizon, juste la pluie bientôt de retour et le froid qui l'accompagne. J'ài préparé la grande bâche noire. J'aurai au moins de quoi manger au sec. Le massif des songes est blanc, les montagnes de Digne sont brillantes de neige elles aussi. Ce long temps hors des murs m'aura permis de comprendre et apprécier la facilité d'adaptation de mon chat. Hier soir il ne voulait pas rentrer dans la voiture pour rejoindre le cabinet médical. Il s'est sauvé, puis à attendu, je me suis approché, nouveau recul, puis l'air de rien il a tourné la tête de côté pour faire mine de ne pas me voir et j'ai pu l'attraper sans problème. Il s'est laissé atteindre sans rechigner. Petite tactique pour me démontrer que finalement au cabinet médical il fait chaud, c'est calme et sécurisant et qu'il est bien d'accord pour venir avec moi au chaud même si le trajet n'est pas de son meilleur goût.
Dans le froid, je me répète, on lache tout. Rien ne tient dans les mains. Alors parfois c'est drôle, et souvent pathétique. Cela est surtout vrai les matins durant les petits déjeuners. Faire tomber un bout de pain n'est rien. Le faire tomber dans la flaque d'eau qui stationne sur le socle du marbre est fâcheux. Lâcher la poêle avec les œufs dedans est une autre histoire. Il y a les prédateurs, les chats. Mon chat et ceux des autres. En cas de chute de l'œuf il faut être rapide car ils sont nombreux à rôder autour de mon campement. Me voilà donc flanqué d'un chat qui me suit comme un chiot et qui semble bien attaché à moi, et d'une myriades de ses congénères des voisins qui lorgnent sur ma Charette. Très sincèrement je pensais que Mario serait plus attaché à son ancien territoire.
Être expulsé seul n'est pas commode, mais être expulsé avec un chat qui a choisi d'être attaché à moi même est une autre histoire. Je dépose le chat chaque jour sur son territoire, près du marbre. Il n'a plus d'autre endroit. Ses repères sont là et nulle part ailleurs. De plus je ne connais pas ce chat, ses réactions, sa vie intime. Il est venu à l'atelier et il est resté. Je lui ai fait de la place, son fauteuil, son coin, sa tranquillité, son univers. Le jour dedans à dormir, la nuit dehors à chasser, sauf par grand froid ou pluie.
Je suis obligé de le déposer le matin pour qu'il gambade, fasse ses besoins, retrouve ses copains et ses énnemis, et se retrouve au grand air libre. Une fois le chat installé je peux faire mes courses ou aller là où je dois me rendre et le laisser en paix. En somme le chat prend une grande place dans ma vie de S.D.F. Son bien être est assuré.
Aussi c'est durant ces jours dehors que j'ai réalisé l'importance de cette petite chose insignifiante qu'est la pince à linge. Voilà un objet commun vraiment très utile. La pince sert à tout. On l'utilise chaque jour pour fixer, épingler, attacher, coller, pincer, joindre. Objet indispensable. La ficelle et un couteau bien aiguisé sont également des éléments fondamentaux à avoir à portée de main. Une pince à épiler, une aiguille, une petite trousse à pharmacie et un coupe ongle sont dans un coin privilégié de ma voiture. Les sacs poubelles sont eux aussi prêts à l'emploi bien rangés. Ça n'a l'air de rien mais en cas d'expulsion précipitée tout doit rentrer dans la voiture. Tout!! Le véhicule est envahi par les dossiers juridiques, le nécessaire de toilette, les petits objets cités plus haut, les trois grosses couettes en duvet, trois oreillers, le sac à dos avec mon linge de rechange, la tente d'appoint qui prolonge le break, les bouteilles d'eau. Tout est rentré en forçant un peu, heureusement un ami m'a prêté sa petite remorque, où sont rangés mes outils pour tailler mon marbre et toute la nourriture de plusieurs jours. Dans la remorque un petit espace est réservé pour le chat qu'il utilise durant mes courtes absences. Cet espace est utilisé par tous les chats du quartier et non par Mario.
Hier vendredi et aujourd'hui et probablement durant tout le week end, l'ambiance sera à la pluie sans discontinuité. Mon pauvre chat est complètement détrempé. Il a encore des difficultés à comprendre qu'il y a une place pour lui dans la voiture, spécialement pour lui le temps de ces épisodes pluvieux. Une fois placé de force avec autorité dans l'espace qui lui est réservé, il comprend et reste tranquille. Parfois j'ai l'impression qu'il est stupide, et pourtant sa capacité d'adaptation me surprend. Hier apres midi, en soirée et la nuit jusqu'au retour à Ganagobie tôt le matin, il n'a pas fait ses besoins, ni dans l'après midi sous la pluie, ni hier soir et nuit au cabinet médical, il a attendu le matin et retour à Ganagobie. Une quinzaine d'heures sans faire ses besoins. Il n'a jamais eu l'habitude des caisses pour ce faire. Chapeau bas le chat.
Toujours les mêmes personnes, qui n'ont pas lu le dossier juridique, qui n'ont jamais vu l'atelier de sculptures, qui ne m'ont jamais posé directement les questions qu'ils se posent, car finalement ils ne se posent pas de questions, ils savent. Untel leur a dit ça, un autre autre chose et avec ces éléments fantasques ils ébauchent, construisent leur réalité, en parlent et la divulgue à tord et à travers. Une fois les transmissions effectuées avec art, difficile de reconnaître la teneur du sujet de départ. Ils parlent sans savoir, avec enthousiasme et passion, ils boivent et se délectent de leurs propos leur regard planté dans les étoiles les yeux grands écarquillés rougis de plaisir. Je déteste ces nuisibles. Une contre espèce humaine, détestable et contre nature. De même je n'arrive pas à comprendre ces deux familles nouvellement installées dans leur nouvelles maisons achetées depuis un an, ils me font des grands coucous chaque matinée, mais ne songent pas une seconde se déplacer 2 minutes pour venir me questionner sur ce qui se passe entre la Mairie et l'atelier de sculptures. Ils ont un avis, celui de la Mairie puisqu'ils se présentent sur leur liste future, mais pas d'autres points de vues. Un seul point de vue leur suffit. Dommage. Ils avaient l'air bien sympathiques. Passons.
Hier matin la ligne de crête du massif des songes s'est fondue avec la ligne des nuages, une seule même couleur, vert cinabre foncé sur toute la longueur de l'horizon. L'aube avancée. Puis, la lumière aidant sur la neige tombée la veille, a dissocié les éléments eau/roche, vapeur/minéral. Du pur Cezanne : "le tout est compris dans le tout."
"Désastre social annoncé, vu, voulu et entendu." Qu'est-ce à dire? Je suis un représentant de la grande pauvreté et le 30 octobre, à cette grande pauvreté la Mairie ajoute un plus, une expulsion à 2 jours de la trève hivernale : la rue. L'huissier est devenu un ami depuis ce triste 30 octobre. 30 octobre!! Probable date anniversaire à l'avenir. Qui sera aux côtés de Raymond une fois que je serais parti? Qui peut répondre à cette question? Même à la préhistoire la vieillesse était pris en charge par le clan. Les mâchoires retrouvées le démontrent, même sans dents la cavité des anciennes dents tombées étaient pleines, rebouchées par l'os qui se reforme. À Ganagobie, l'ami Denis est ignorée mort de vieillesse durant 10 jours seul dans sa maison.
Depuis 83 jours je suis dehors. Pendant deux mois après le 30 octobre jusqu'au 30 décembre, j’ai attendu les venues de l’huissier tous les deux jours, chaque jour j’attendais un appel pour un logement. Depuis le 30 décembre j’attends toujours un appel pour qu’on me propose un logement et j’attends chaque jour 17h30 pour rejoindre le cabinet médical afin d’y passer la soirée et nuit. Donc depuis 83 jours mon temps est rythmé par l’attente. Je ne me plains pas car dans cette attente, je suis un privilégié.
Depuis le 30 decembre et mon installation près du marbre il n’y a eu aucune visite ou passage de la Maire du village. Le vide, le déni. Il y a au moins trois personnes qui sont dans le déni de mon existence, d'une seule et même famille. La Maire du village et son neveu avec sa femme voisins du marbre. Ni passage de la Maire, uniquement un conseiller qui en grande responsabilité m'a salué sans ralentir ni s'arrêter avec son véhicule. Il m'a salué comme si tout était normal. Un sculpteur s'installe près de son marbre, il fait froid, il a protégé sa sculpture contre le gel et il reste assis là à attendre quelque chose depuis des jours et des jours. Cet élu est venu de loin vérifier les dires des uns et des autres. Il a vu, ça lui a suffit, il ne s'est pas arrêté et il est reparti chez lui, probablement satisfait des éléments vus ce jour là. En 15 années de présence près du marbre, je ne l'avais jamais croisé ici. On peut se demander le degré de responsabilité qui anime ces gens là qui viennent vous voir avant les élections avec une petite voix fluette afin de bénéficier de votre voix, et une fois les élections passées il n'y a plus personne. Mieux, il ne reste que le déni. Maigre consolation. L'abruti très bruyant quant à lui ne passe plus, il est parti, ça aurait pu être plus calme, beaucoup plus calme, malheureusement il nous a laissé son remplaçant, son double, son disciple, tout aussi bruyant, plus jeune, beaucoup plus stupide. Avec lui on a atteint des sommets. Une caricature. Passons.
Dès que j'ai un appartement je dors 48 h d'affilées, deux nuits et deux jours complets. Deux jours où rien ne se passe. Deux nuits à dormir sans reveil à 5h30. Sans avoir à replier les couettes, nettoyer, et passer l'aspirateur partout. Enlever le moindre poil de chat, la moindre petite plume, le tout petit duvet, le petit papillon de nuit entré par inadvertance la veille la fenêtre étant ouverte quelques instants, le cabinet médical se doit d'être impeccable après mon départ. Une fois j'ai oublié une fourchette que j'avais posé près d'une sculpture pour ne pas oublier de la laver...et je n'ai pas pensé à la prendre. La honte. Une fourchette sale dans le cabinet médical bien visible près d'une sculpture. Lamentable. Parfois je me lève le matin avec le mal de tête lié aux basses températures. Je saigne souvent du nez. Là encore le froid fait son œuvre.
Un des premiers bilans de cette affaire est qu'il n'y a pas d'adulte. Personne dans cette Mairie ne s'est senti investi d'une quelconque responsabilité. Excepté les salariés de la commune, qui ont été à mes côtés bien présents chaque jour. Les amis de proximité au belvédère du village ont eux aussi été bien présents et m'ont beaucoup aidés. Bien évidament les amies et amis de la société chacun à leur niveau et possibilité ont fait en sorte que tout se passe pour le mieux. Un remerciement très spécial à l'huissier Christophe N., sans qui j'aurai moisi sur place s'il n'avait pas ouvert l'atelier de sa propre initiative tous les jours puis tous les deux jours. Même remerciement très spécial à mes amis Franz, Nathalie et Philippe qui ont su prévenir le coût global de cette expulsion précipitée. Location de trois boxes, le prix exhorbitant de la nourriture quand on ne peut pas cuisiner. Les frais de transport, les allers retours pour charger et décharger les sculptures et affaires personnelles. Les petits cadeaux pour remercier ceux qui ont été très présents chaque jour. Nous sommes aujourd'hui le 86 ème jour passé dehors. Toujours rien de la part de la Mairie, je les attends tranquillement au virage. Je mets tout en œuvre avec méthode afin qu'ils ne puissent plus jamais exercer de mandat sur la commune, pour qu'ils ne puissent plus jamais nuire.
J’ai appelé l’assistante sociale la semaine dernière. Elle m’a assuré qu’il ne fallait surtout pas que je recherche moi même un logement dans la sphère privée. Ce genre de recherche pourrait être mal interprétée par les membres des différentes commissions logements. Alors j'attends. Les journées sont longues et froides, je suis très bien couvert, bien protégé du froid. L'humidité pourrait m'avoir à l'usure, mais les journées humides et pluvieuses sont entrecoupées de moments plus secs et parfois ensoleillés. J'ai les pieds dans l'eau toute la journée sur la plateforme du marbre. Aujourd'hui par exemple grand beau soleil. Hier pluie et demain pareil, la neige sera là peut être pour après demain. Je surveille chaque jour les prévisions météorologiques.
Madame le Maire a définitivement délaissé le quartier du belvédère depuis le 30 décembre jour de mon installation près du bloc de marbre. La honte gagne du terrain, elle n'ose plus se montrer ici. La plaidoirie en appel se déroulera le 7 avril, je ne suis sûr de rien, mais je souhaite pouvoir m'expliquer devant la justice. Voir la justice en face. Confronter mon propos à celui de Madame le Maire. La vermine doit être reléguée dans les poubelles de l'histoire du village.
Ce midi j'ai osé une expérience qui heurtera probablement les puristes. J'ai fait cuire côte à côte de la choux croûte qui me restait de la veille et du cassoulet. Ma surprise fut grande lorsque j'ai goûté l'un et l'autre en même temps. Eh bien ça fonctionne. C'est probablement la tomate cuite de la sauce du cassoulet qui relie agréablement l'ensemble. Je connais des amis Alsaciens et Lorrains qui vont tiquer s'ils sont puristes. Pourtant, Toulouse/Mulhouse riment agréablement à l'oreille. Voyez vous je suis d'un naturel optimiste, optimiste désespéré certes mais optimiste quand même. J'arrive encore malgré le désastre social organisé par la Mairie de Ganagobie, à trouver la sensibilité pour goûter avec plaisir une simple petite expérience culinaire, observer émerveillé un paysage couvert de neige comme l'est aujourd'hui le massif des songes, et le haut Mézien en face de ma place. Les montagnes derrière Digne, les 3 évêchés, le cheval blanc et le massif de Seyne les Alpes, brillent d'argent dès l'aube chaque jours depuis qu'il neige.
Je reste sur place la journée afin d'être avec mon chat, le rassurer par ma présence mais surtout faire des économies. Se déplacer c'est dépenser de l'argent alors comme à l'accoutumé, à l'atelier et ici dans ma nouvelle vie je ne bouge que lorsque c'est nécessaire. Les matins et soirs pour rejoindre le cabinet médical pas plus. D'autant que l'argent dont je dispose m'a été gracieusement prêté par les amies. Donc je fais du surplace écologique. Et puis l'assistante sociale m'a bien invité à attendre un signalement des services préfectoraux pour l'obtention d'un logement.
Je parle souvent de mon chat car c'est mon sujet d'étude par procuration. Mario n'est pas mon chat. Il s'est installé à l'atelier pour dormir et se reposer. Il venait d'une famille très bruyante. La famille déni. Trop d'animaux, trop de monde, trop de bruit. À l'atelier il a trouvé le calme, le silence, la nourriture. Puis après deux années d'installation il a commencé à avoir besoin de câlins. Je lui ai fourni le minimum syndical. Il s'y est habitué. Et il est resté.
Aucune envie de tailler ce marbre près de moi. Aucune envie de lire, rien ne vient, juste faire le vide. Pour le marbre je ne suis pas pressé. Ils peuvent attendre. J'ai tellement attendu moi aussi. Je reprendrai la finission de cette sculpture lorsque je percevrai une lueur d'intelligence parmi tous les pollueurs de la pensée siégeant dans ce conseil.
Aujourd'hui j'ai les pieds dans l'eau depuis 7 h le matin. Il pleut. 91ème jour dehors. La presse va venir soit cet après midi soit demain.
J'ai déposé 5 blocs de marbre autour de ma sculpture. Ça n'a pas raté une personne a prévenu la Mairie qui elle même a appelé la gendarmerie. Et le gendarme s'est présenté hier après midi, juste quand la presse arrivait. J'ai demandé au gendarme s'il voulait être filmé durant les questions qu'il voulait me poser? Sa réponse fut négative. J'ai donc entendu le gendarme. La dame de la presse est restée en retrait le temps des questions. Le gendarme m'a demandé ce que faisait les blocs de marbre et les deux chaises autour du marbre, je lui ai expliqué que je ne mangeais pas par terre, et que mes blocs de marbre protégeaient ma sculpture puisque personne ne la protège, ni la Mairie ni le gendarme qui a réceptionné ma plainte pour l'acide jeté sur la sculpture en décembre 2024. Je lui ai expliqué également que j'avais la propriété intellectuelle et artistique des neufs mètres carrés de l'emplacement, et que le déroulement de la taille du marbre ne regardait personne à part moi même. Circulez il n'y a rien à voir pour l'instant.
J'ai appris que Madame le Maire n'est pas contente de la présence des blocs de marbre près de ma sculpture. Elle n'est pas contente non plus de savoir certaines de mes sculptures chez mon ami Raymond, même chose pour les 15 sculptures déposées au cabinet médical. Pas satisfaite non plus car je ne lui ai pas donné le buste de Camille. De même pour les cartes de visites avec le lien du site des amies et amis, distribuées au cabinet médical, auprès des gendarmes et à la boulangerie d'une de mes anciennes élèves. Il y a des personnes qui dès le matin au réveil ne sont pas satisfaites. Cela porte un nom que je tairais ici. Si j'étais un spécialiste je pourrais me prononcer sur le cas de Madame, mais voilà je ne le suis pas alors je m'abstiens de tous commentaires intrusifs, sans pour autant me taire, et faire sourire je l'espère. L'humour est une arme redoutable. L'arme des intellectuels, des penseurs, des Libres Penseurs, des philosophes qui s'ignorent.
Aujourd'hui les nuages ressemblent à ceux que l'on peut observer en Bretagne ou dans l'ouest de la France près de l'océan. Des petites touffes qui se baladent cahin-caha en troupeaux de cinq ou six. Ils plafonnent à 2000 mètres d'altitude glissant comme sur un plateau. Ils s'en vont vers le Nord, le vent est au sud, ils s'écrasent sur les montagnes Dignoises, déversent des paquets de neige et s'évanouissent en silence. Le massif des songes quant à lui, les soulève délicatement et les ronge lentement par dessous. Les nuages qui passent au dessus de ma tête se dirigent vers lui avec nonchalance. Il leur faut environ 30 minutes pour le rejoindre. Leurs ombres sur la neige forment des taches grises verdâtres en déformant les volumes des monts. L'ensemble devient parfois méconnaissable. Soudain une zébrure blanche apparaît brisant le massif des songes, l'explose puis l'instant d'après une autre tache recolle les morceaux. Ciel bleu d'un côté et masse sombre grise et inquiétante de l'autre côté. Voilà le mois de février dans toute sa splendeur.
Je suis épuisé d'attendre. Épuisé du manque de musique. Je dors dix heures par nuit avec l'impression de ne pas pouvoir récupérer de la terrible première semaine de janvier. Emmagasiner le froid la journée et garder ce froid toute la nuit, et ainsi de suite durant dix jours, j'ai bien cru m'endormir à tout jamais, non pas sur le moment mais après ma première nuit au cabinet médical, impossible de me lever. Groggy assommé. J'ai bien récupéré maintenant. Ils m'auraient laissé mourrir de froid.
J'affirme : ils m'auraient laissé mourir de froid!!! Il y a trois bâtiments vides dont deux au belvédère, sur le village tous chauffés.
Les amies et amis, déchirez la liste des élections municipales où il y aura leur nom!!!
Ce sont des nuisibles. Qu'ils soient poursuivit toute leur vie par la honte partout où ils iront. Qu'on les montre du doigt. Ils sont incapables, aucune faculté de discernement, aucunement responsables. Que la commune soit mise sous tutelle et que les archives soient ouvertes. Que les travaux réalisés par la commune dans les bâtiments lui appartenant pendant des années soient mis au jour, des salles de bains refaites à neuf, des parquets neufs...et quoi d'autre encore, des loyers très modérés à couper le souffle pour des t3, t4, les élus se servent? ils ont été élus alors ils se servent? Ils ont été élus alors ils se sentent être des sachants. Ils savent. Sinon ils n'auraient pas été élus. La bêtise crasse. Que tout cela est Pathétique.
Mes amies et amis de Ganagobie, je vous demande pour les prochaines échéances électorales, les élections municipales, de déchirer et mettre dans l'enveloppe prévue à cette effet, le bulletin de vote de la liste entière où se présente les anciens élus. Ils est hors de question que ces gens là puissent un jour à nouveau briguer un autre mandat. La liste de la honte. La liste comprenant des experts nuisibles. Non pas élue Maire pour les habitants, tous les habitants de la commune, mais seulement élue Maire pour une caste familiale partielle, et les élus de sa liste. Le village de la honte.
Aujourd'hui il pleut depuis ce matin tôt. Sous la bâche, le clapoti de la pluie est agréable. Alors, dans cette humidité ambiante, je m'imagine chez moi, au chaud, assis près de la fenêtre entr'ouverte, le regard vague, errant, mes pensées divaguent bercées par ce bruit léger des gouttes de pluie sur le toit. Aujourd'hui c'est humide partout, j'ai encore et toujours les pieds dans l'eau toute la journée mais je vais bien. Ce jour est le 98 ème passé dehors. Bientôt les 100 jours. Voilà qui pourrait faire un gros titre, pas très original et évocateur des boucheries passées. Ne donnons pas d'importance à celui qui envoya à la mort plusieurs centaines de milliers de jeunes pour des causes stupides et perdues d'avance. La petite pluie fine est propice à la rêverie. Les ondes qui marquent la surface de l'eau qui s'entrechoquent et s'écrasent les unes dans les autres aussi. Si la pluie s'intensifie je serais obligé de changer quelque chose, la bâche ne tiendra pas, l'eau s'infiltrera partout. Partons du principe que les gens ne sont pas dupes ni stupides. Il y a une conscience et une intelligence collective qui a produit la "réussite" de notre espèce.
Un couple qui est passé me voir hier après midi en est la preuve. Ils m'ont fait bonjour durant des années alors que j'étais près de mon marbre et depuis le 30 octobre également. Ils se sont arrêtés hier pour me questionner sur ce qu'ils préssentaient. Nous avons échangé. Ils m'ont expliqué préférer me questionner moi plutôt que la Mairie. Ils m'ont écouté, ont été horrifiés par le comportement de la Mairie et m'ont assuré qu'à partir de maintenant nous étions amis. Que je pouvais compter sur eux. C'est plus intéressant de mon point de vue que les gens viennent eux même aux informations que recevoir des nouvelles sur papier, lues de manière impersonnelle sans pouvoir poser les questions qui suivent un propos. Ils m'ont demandé aussi comment se positionnait mon ancien ami d'à côté? J'ai répondu que depuis des années nous n'avons plus rien en commun. Lui aussi étant, comme la Maire du village, dans le déni le plus profond à mon sujet et au sujet de mon œuvre. D'ailleurs il l'a affirmé un jour devant moi à un de ses amis. " je te présente un dessinateur " rien de plus. On est pas loin du " Pseudo sculpteur " cité par sa tante. J'ai souris.
Comme moi, mon chat est en attente de quelque chose. Il sent bien que j'attends que quelque chose se passe. Alors lui aussi est en mode "attente". Il se calque sur mes comportements. Il attend au garde à vous une bonne partie de la journée. Lorsque je vais me promener un peu il me suit. Je m'arrête il s'arrête. Je repars il redémarre également. Une fois la petite balade terminée il attend à nouveau. Un peu comme le héros du "désert des tartares" de Dino Buzzati. Une longue et interminable attente sans broncher. Ce matin une dame m'a téléphoné au sujet d'un logement social sur Volx. Elle n'avait pas lu mon dossier ni ne connaissait mon assistante sociale. C'est à moi de faire le lien entre toutes ces parties sans liens organiques entre elles. Je lui ai expliqué qu'on m'avait positionné sur deux logements un à Oraison et un autre à Peyruis. Elle n'était pas au courrant. Je lui ai demandé de faire remonter auprès de ses supérieurs ce fait regrettable de non lien entre les différents services. Elle était d'accord avec moi sur cette question. En d'autres termes on continue à me balader à droite puis à gauche. On me positionne. Pendant ce temps, j'attends, mon chat attend, il pleut, les pieds dans l'eau, l'humidité gagne du terrain et les diverses commissions se réuniront bientôt pour évaluer qui aura la primeur sur cet appartement ou sur un autre. J'ai demandé à mon assistante sociale mon désir de rencontrer ces gens des commissions logements. Elle n'a pas pu répondre favorablement à ma question. J'ai croisé un S.D.F.l'autre jour à la laverie. Il avait mis en charge ses tablette et portable sur l'unique prise de courrant disponible. 10 mois en attente d'un logement et handicapé selon ses dires. Je l'ai écouté attentivement. Il a apprécié mon écoute. Lui aussi m'a assuré avoir très envie de rencontrer ces gens des commissions logements.
Des amis m'ont proposé deux logements à Vallavoire village, quel nom : va la voire... studio à 1500 mètres d'altitude au pied du massif des songes. Malheureusement une des deux maisons est en vente et l'autre la propriétaire n'est plus apte pour la vente, donc ces deux solutions tombent à l'eau. On m'a fait miroiter deux studios à Céreste. J'attends toujours depuis 15 jours. Puis un studio à Volx, il semblerait que l'affaire pourrait se dénouer bientôt avec un peu de chance. Un studio à Oraison serait une autre possibilité mais rien de plus ne vient. Un petit studio à Peyruis est libre mais 27 mètres carrés disponible s'avèrent être vraiment petit. En attendant j'ai les pieds dans l'eau, avec le soleil qui brillera toute la journée ce sont les prévisions météorologiques. Il n'y a aucun lien organique entre tous ces services, préfecture, C.M.S. d'Oraison, les services sociaux des communes concernées. Il en est de même des services de la C.A.F., retraite, assurance maladie, M.D.P.H... De fait tout s'arrête puis reprend de manière désordonnée. "Ordre plus contre ordre égale désordre. " Marguerite Yourcenar dans les "Memoires d'Hadrien".
Demain cela fera 100 jours que je suis à la rue. 100 jours que Madame le Maire ne passe plus au belvédère. 100 jours que l'élu et future premier adjoint me salut quand il passe devant le marbre aller/retour. Je le salue toujours en retour. Depuis le mois de juin le site internet est en audience publique. Depuis 100 jours mes amies et amis se démènent pour me demander ce dont j'ai besoin. Depuis janvier 2025 mon chat est inquiet et angoissé à la vue de l'atelier qui se vide jour après jour. Inquiètude à la vue des cartons qui s'empilent les uns sur les autres chaque jour un peu plus. Depuis avril 1990 j'ai donné beaucoup de mon temps comme bénévole pour les gosses du village, gracieusement pour les amies et amis. Depuis 100 jours je n'ai plus écouté de musique. Depuis 100 jours j'ai cessé de fredonner les airs que j'aime car cela irrite les oreilles de mon chat. Il n'aime pas Schubert ni Zappa.
Durant les 50 premiers jours j'ai pu prendre une douche tous les deux jours puis depuis 50 jours prendre une douche par semaine chez l'ami. Dès que j'ai un logement je dors 48 heures d'affilées. Puis une mega douche. Puis dès qu'il pleut j'ouvre la fenêtre en grand. Sentir la pluie en étant à l'abri. Depuis juin 2024 on me positionne et on me déplace comme un pion sur l'échiquier des demandeurs prioritaires de logements sociaux. Depuis 2021 tout le monde se trompe à mon égard. Depuis 100 jours ceux qui voient le panneau avec écrit le chiffre du jour se demandent ce que cela veut dire et à quelques rares exceptions près n'osent venir près de moi pour s'informer. Depuis 2021 deux élus du conseil ont démissionné, deux femmes d'élus du conseil ont divorcé. Depuis 100 jours un élu premier adjoint a disparu de la circulation sans se soucier de l'avenir du village. Lorsqu'on a perdu tout contact avec la tour de contrôle on navigue à vue. Ils sont combien maintenant dans ce conseil à être présent, deux? trois? Dont Madame le Maire n'habitant pas le village. Ils empochent les indemnités et s'en vont. Ils se servent et les caisses se vident? Ils reviennent nous voir juste avant les prochaines échéances électorales avec une petite voix fluette pour nous inviter à voter pour eux. Bien évidament ils ne sont pas tous comme ça mais dans ce village ils ont tous un intérêt quelconque. Tous. Tous ont été choisis car dociles et corvéables à merci. Ils votent ce qu'on leur présente sur la table du conseil. Tous sont pour car on leur présente des dossiers pré-mâchés. Madame le Maire peut exécuter sans soucis. Alors que la logique supposerait que ce soit les élus qui soumettent sur la table du conseil des dossiers à débattre, puis à voter et le Maire prendrait acte du résultat du vote et exécuterait ce qui a été décidé et voté. Ici dans ce village tout fonctionne à l'envers, simplement parce que aucune voix n'ose s'élever. Le Maire dépose des dossiers sur la table et les élus votent. Mystère. Depuis mon arrivée ça a toujours été ainsi. Alors du temps de l'ancienne Maire, du charisme qui émanait de son personnage on pouvait comprendre que tout le monde se plie à ses dictas, mais maintenant avec ceux qui siègent au conseil ça ne peut pas tenir très longtemps, la preuve : combien en reste t'il qui soient encore debouts et présents? Il faudra un jour éplucher les comptes de la commune depuis toutes ces années troubles. À combien se sont montés les travaux dans les bâtiments et logements appartenant à la commune. Combien de travaux ont été réalisés dans les logements dont la commune est propriétaire pour la famille de Madame le Maire, pour les élus? Une chose est certaine, il n'y a eu aucun travaux à l'atelier de sculptures depuis 1994 date à laquelle les élus de l'époque ont annulé les loyers car le bâtiment était "vétuste et difficilement louable". La honte n'étouffe pas Madame le Maire. À combien se monte les frais de justice dans toutes les affaires qui ne sont pas encore terminées? Le moment des comptes arrivera bientôt, le temps de la honte aussi.
La Mairie ne m'intéresse pas, pour cette raison je ne vais pas plus loin dans mes investigations. J'ai autre chose à faire. J'espère qu'un jour une personnalité forte aura la curiosité d'ouvrir et étudier avec l'appui d'Anticor par exemple, les comptes du village. Nous ne sommes pas à l'abri de grosses surprises. Ce n'est plus mon affaire. Il semblerait que l'acquisition d'un logement ne soit plus qu'une question de quelques jours. Sans illusion aucune malgré tout. Je n'ai pas été malade, mon humour est intact, ma capacité à rêver elle aussi est bien présente, mes désirs et envies m'interpellent à chaque instants, photos à prendre, émerveillement en face d'un lever de soleil, devant le massif des songes. Je ressors grandi de cette épreuve singulière. J'ai encore beaucoup appris sur la nature humaine. Sur la faiblesse de certains, la force d'autres. J'ai vu des retournements de situations. Globalement ceux de la Mairie ont tout perdu. Aucune possibilité de discernement de leur part, aucune capacité d'être responsable ou développer un quelconque pouvoir de décision, rien, des playmobiles neutres qui hochent la tête, dans un seul sens de haut en bas un ressort dans le cou, comme les peluches que l'on suspend aux rétroviseurs des voitures. Vous me trouvez cynique, caustique, acerbe, méprisant, brutal, débridé, oui je le suis, je l'ai toujours été, sauf quand on me laisse tranquille et qu'on ne vient pas trop près pour me chatouiller pour voir, pour faire une expérience, en ce sens Madame l'ancienne Maire du village était intelligente, elle ne s'est jamais risquée à s'approcher trop près.
"Lorsqu'on est trop près on ne peut pas avoir le recul nécéssaire pour prendre ses distances." C'est de mon cru, une explication singulière pleine d'humour à une de mes élèves lors d'une correction de dessins durant un cours.
Une fois, un élu de la première heure, m'a proposé de se présenter sur sa future liste, moi comme premier adjoint, j'ai souri et lui ai demandé pour quoi pas l'inverse? il est resté figé et a senti le danger à venir. On en est resté là. Puis à un autre moment un autre élu m'a lui aussi proposé d'être son futur premier adjoint, je lui ai dis -" tu es sûr? Moi premier adjoint? Avec le troupeau de moines qui votent ici d'une seule et même voix, et les baux emphytéotiques donnés par la commune aux curés?" Il m'a regardé les yeux grands ouverts et a reconnu qu'effectivement je n'étais pas le bon parti pour son histoire. Pourtant c'est à lui que je dois mes années tranquilles à l'atelier de sculptures. Merci l'ami Denis. Denis membre d'Anticor. Nous aurions pu faire des choses pour ce village, il est parti trop vite, a démissionné pour laisser la place au plus stupide des imbéciles, un enfant tombé du nid trop tôt, capricieux, un égo hyper fragile, un grand complexé, toujours près à crier sur des objets qui ne peuvent pas lui répondre. Bref pas très sérieux. Je l'appelais "le gamin" par pure malice, quand il me parlait en criant, une fois ses beuglements terminés, je lui demandais si ça allait mieux, il a fini par disparaître de la circulation. J'arrête là mes diatribes, j'espère vous avoir fait rire ou sourire, et pour ceux qui ne sont pas contents vous n'étiez pas obligés de me lire. C'est simple. Le marbre ne vous plait pas? Retournez vous et regardez ailleurs, regardez ce bâtiment qui depuis plus de trente ans attend d'être démoli car pollué durant 5600 ans avec ses alentours immédiats : compost collectif et agrés pour séniors compris. Pollués pour 5600 ans. Voir "Ganagobie pollution" sur internet. Une jambe du marbre vous semble un peu trop épaisse? Normal, je réduirai les deux millimètres en trop lorsque j'aurai fini de dégrossir le haut de la tête. Quand on ne comprend pas, on demande, on pose des questions. Un sculpteur sait qu'il faut que ça tienne, que ça soit solide. Question de physique de base.
Cet après midi le massif des songes est gris blanc noyé dans la brume épaisse grisonnante elle aussi. Le résultat est délicat, la ligne d'horizon disparait rongée et mêlée à la brume. L'aspect du massif donne l'impression d'être à 4000 ou 5000 mètres d'altitude. On pourrait se croire au bord de la Cordiliaire des Andes. Digne est également dans les vapeurs froides et humides de la brume hivernale. Et ici c'est grand soleil...les pieds encore dans l'eau.
105 ème jour dehors. Ce matin il pleuvait pour le petit déjeuner pris sous la bâche. Maintenant c'est un grand et beau soleil mêlé de brumes matinales qui se lèvent. Mes pieds sont toujours dans l'eau. Mes chaussures sont hermétiques jusqu'à 14h environ, après ce temps je dois changer de chaussettes et en enfiler des sèches.
J'aurais pu aller chaque jour à la médiathèque, mais je n'ai jamais eu un seul jour l'envie de lire depuis que je suis dehors. Impossible d'ouvrir un livre. La seule chose que je puis faire c'est écrire ou attendre le cerveau vide et ce depuis 105 jours. Je ne suis toujours pas malade à rester dehors toute la journée par n'importe quel temps.
Ma voiture est mon dernier secours. Pour cette raison je fais attention, j'ai fait changer les pneus. Contrôle technique oblige, puis ce sont les triangles avant qui ont lâché, 800€ payable en 4 fois. Je suis ruiné, les amies et amis m'ont déjà trop aidé, je ne demande plus, je me serre la ceinture. J'ai perdu 15 kg depuis le 30 octobre. J'ai encore des réserves.
Heureusement le paysage face à moi au belvédère est majestueux. La vue est changeante à chaque instant. Surtout en période hivernale.
Et aujourd'hui après la pluie de la nuit et du matin, c'est le temps de la brume dense qui remonte de la vallée de la Durance. Elle s'élève épaisse en laissant entrevoir des bribes de lacés sinueux du fleuve qui coule charriant un tapis boueux. En ces temps de brouillard épais j'appelle le village et ses monts et plateaux mon petit Japon. Par moment entre la ouate blanche on arrive à distinguer des parcelles de champs cultivés, quelques maisons, le bruit de la route et autoroute quant à lui reste complètement étouffé par l'épaisseur du duvet de gouttes d'eau.
Je suis au bar à Peipin en attendant que ma voiture soit prête. Il y a une musique en continu absolument abominable. Difficile de comprendre, alors que l'espace musicale est rempli de musiques merveilleuses, qu'on puisse mettre autant de nullité durant aussi longtemps. Ce monde est effrayant. Ce monde est perdu. À partir de quand la fracture s'est elle opérée? Et y a t'il eu fracture un jour? Une sorte de misère universelle omniprésente depuis toujours.
Depuis hier changement d'humeur, changement profond en moi même. Je sature de cette attente interminable, de me sentir comme un pion que l'on place et déplace en fonction des demandes, des motivations des membres de cette commission dont on ne sait rien, qui ne dit rien, qui se réunira un jour peut être pour décider du sort misérable des pauvres gens. Le choix du moins pire. Commission comme pis aller. Tout ça me rappelle la citation de G. Clémenceau. : "Si un problème se pose il faut régler le problème, si vous ne voulez pas régler le problème alors il faut créer une commission."
Depuis hier changement d'humeur je disais. J'ai conduis Raymond à Intermarché hier pour l'aider à porter ses courses. Impossible de rire ou simplement sourire à ses blagues. Mon humour et joie de vivre omniprésente est en train de foutre le camp. Je n'ai pas de grand besoin, mais là maintenant ce manque total d'intimité, cet exposition au yeux de tous de ma condition fragile et précaire, me fatigue. Patience est synonyme de souffrance, c'est la même origine. Je ne suis pas patient, je ne souffre pas, je suis juste fatigué de cette situation. Je sais que les élus qui se sont réunis la semaine dernière en conseil ont ri de me voir compter les jours depuis que je suis dehors à la rue. Cet état de fait me passe par dessus la tête. Mes amis étaient présents à cette réunion de conseil. Peu m'importe les rires et sarcasmes des élus, ils ont tout perdu. Ça je le sais, eux l'ignorent. D'ailleurs c'est bien l'essence et la définition même de la petite bourgeoisie d'ignorer sa propre histoire.
Voilà enfin le dénouement de cette triste affaire. Me voilà positionné sur deux logements. Bientôt la fin du carnage. Ils ont frôlé l'accident à me laisser crever dans ma voiture les 10 premiers jours de janvier.
Et je viens d'apprendre qu'une autre liste d'amies, amis et connaissances se prépare pour les prochaines élections. Les personnes qui pourraient se présenter ne sont pas nécéssairement toujours d'accord avec moi, mais en capacité de se poser autour d'une table pour parler et échanger tranquillement. Alors donnons leur la chance d'œuvrer pour le bien commun. Eux sont venus à tour de rôle me poser des questions sur cette situation grave. Je sais qu'ils sont ulcérés par cette expulsion honteuse du 30 octobre. Voilà une affaire à suivre. Heureusement que la Mairie a probablement tout fait pour retarder des départs de locataires libérant ainsi un ou plusieurs logements avant que j'en obtienne un. Cela aurait été une toute autre affaire pour la Mairie si j'étais resté au village. Je n'ai aucun regret.
Depuis deux jours il fait froid la nuit et très chaud la journée. Petites sandales et teeshirt des 10 heures. Le printemps qui s'invite avec conviction même si on sait qu'en avril souvent il peut neiger. Ce que je n'avais pas prévu c'est que la voiture noire absorbe la chaleur et la conserve. La nuit j'avais placé deux bouillottes dans mon lit, erreur, grosse erreur. Trois couettes en duvet et deux bouillottes, ma voiture est devenue une étuve. J'ai tout enlevé et ouvert les portes pour laissé l'air frais pénétrer l'espace. Je pense que cette situation en juillet et août aurait été encore plus pénible que l'hiver.
Après demain je signe mon nouvel appartement. Je reprendrai la taille du marbre un jour. Pas dans l'immédiat. Je laisse les crabes dans leur panier se dévorer entre eux. Les amies et amis eux viendront me visiter chez moi ou près de mon marbre plus tard.
Je m'en vais comme je suis venu, en silence, c'était bien ces heures durant à œuvrer pour le bien commun sans rien attendre en retour.
Il n'y aura probablement pas de deuxième liste aux municipales, c'est bien dommage. Peu importe. Déchirez la liste où se trouvent les noms de ceux qui se représentent. Ils n'ont rien à faire pour le bien commun.
J'ai envoyé quatre photos des 9 mètres carrés de l'espace "jeune danseuse gymnaste" en cours de réalisation à la maison des artistes à Paris. Je protège mon œuvre en cours de réalisation contre la barbarie et l'ignorance. Un ami m'a certifié qu'il a entendu Madame le Maire lui dire que des personnes avaient envie de malmener mon marbre. Je lui ai juste demandé de notifier avec précision sur document Cerfa les propos entendus. Il m'a écouté. Il a tout noté. Merci l'ami. Affaire à suivre...
Un grand merci aux amies et amis car sans eux j'aurais été dans un sale état après ces 120 jours dehors à la rue.
Première nuit dans mon nouvel appartement. Au calme, enfin je vais pouvoir respirer et réaliser mes petites aquarelles, réparer mes petites sculptures, écouter de la musique...il était temps. Je continuerai de tailler et finir mon marbre plus tard rien ne presse...
Prochain épisode, la plaidoirie en appel le 7 avril 2026.
Merci de m'avoir lu.
Fait à Ganagobie près de mon marbre le mercredi 25 février, après avoir passé 120 jours dehors.
Kasijan Kolodij. Sculpteur, dessinateur, poète, écrivain à mes heures perdues, aquarelliste ... artiste quoi !